Fin d’après-midi de samedi, veille du Grand Prix. Les clameurs se sont tues, sinon les accents western de la bluffante caravane Marlboro qui parcourt la Principauté.
Cloîtré au paddock où j’ai accédé depuis une porte laissée ouverte de l’usine des machines à café Conti qui le surplombe, je tombe sur le quintuple vainqueur du Grand Prix de Monaco qui vient d’échouer à se qualifier pour la première fois de sa carrière : Graham Hill.
Patrice Vatan
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La saison 1975 de Patrice Vatan :
GP de Grande Bretagne 1975
Sur la route de Silverstone 1975
GP de France 1975
GP des Pays Bas 1975
GP de Suède 1975
GP de Belgique 1975
Ontario Circuit fantôme
GP de Pau 1975
GP de Monaco 1975
GP d’Espagne 1975
Montlhéry 1975
Daily Express Trophy 1975
Dijon Presnois 1975
Race of Champions – Tom Pryce 1975
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Guy Royer, non loin, l’immortalise sur acétate. Il avait peu avant photographié ce qui resterait l’une de ses dernières actions en piste, sur le mulet Lola 370.

Le double champion du monde est assis devant son motorhome rouge et blanc aux couleurs des cigarettes Embassy. Il annonce d’une voix à peine audible au Nagra brandi par Giorgio Piola que les espoirs de son écurie sont maintenant concentrés sur son nouveau protégé, son jeune compatriote Tony Brise.
Extraordinaire portrait d’un homme qui, a 46 ans, vient de décider de mettre un terme à une série de 176 Grands Prix.
Stupéfiant Graham Hill dont la carrière longue de 18 saisons, entamée en 1958 à l’ère des autos à moteur avant, au volant d’autobus et aux roues de vélos, fait la jonction avec l’époque moderne.
Seul détenteur absolu de la Triple Couronne, soit le fait de remporter le Grand Prix de Monaco, les 24 Heures du Mans et les 500 miles d’Indianapolis.

Un demi-siècle plus tard, un horloger au goût sûr, Montres Arpiem, créerait un garde-temps lui rendant hommage, auquel je ne saurais résister.
Les clameurs se sont tues.
Allongé sur le lit d’une chambre au rez-de-chaussée de l’hôtel Méditerranée, un palace rococo érigé à Menton au milieu du XIXe siècle, délicieusement suranné, je rêvasse. Des senteurs de citron se faufilent par la fenêtre à demi ouverte.

J’épluche la grille de départ obtenue au bureau de presse, contresignée par celui qui est devenu mon meilleur ennemi, Robert Sobra, depuis qu’il a répondu par une fin de non-recevoir à ma demande d’accréditation.

Lauda est en pole, seul sur sa ligne car la grille de départ est décalée. « Nice-Matin » annonce un peu de pluie à l’heure du départ de la course, 15 h 30, ce qui pourrait profiter à Peterson, 4e temps sur l’antédiluvienne Lotus 72, mais efficace sur ce tracé lent.

Si l’Autrichien amène sa 312 T au drapeau à damier, Ferrari renouera avec une victoire qui lui échappe ici depuis celle de Maurice Trintignant en 1955…
M’en revient en mémoire la célèbre illustration ornant la couverture du livre de Pétoulet, « Pilote de courses ».

L’esprit s’emballe comme un cheval sauvage rétif à la logique et la domestication. Il enjambe la grosse journée de demain, s’agrippe à Pau. C’est le week-end prochain. Ai-je bien reçu la confirmation de l’hôtel Béarn ?
Image © Guy Royer
Il y a un style Patrice Vatan. Un style qui n’appartient qu’à lui, et reconnaissable entre tous.
Au fond, j’ai l’impression que l’histoire du sport automobile – au sens d’un récit construit à écrire, et d’une histoire à transmettre – n’intéresse pas trop Patrice Vatan. C’est normal, il connait cette histoire par cœur. Et d’ailleurs, pourquoi transmettre puisque ceux qui le lisent connaissent cette histoire (presque) aussi bien que lui ? Les jeunes générations ne lisent plus ; et quand elles décident de s’intéresser au sport automobile, elles vont directement sur Netflix.
Ce qui intéresse Patrice Vatan, c’est quand la mémoire saisit l’instant, à condition que cet instant nous dise à chaque fois quelque chose du sport automobile de ce temps, si possible de l’ordre de la dramaturgie. Graham Hill, trois fois vainqueur à Monaco, non qualifié sur la grille de départ du Grand Prix de l’année 1975, l’affaire est grave ! Un coup de tonnerre dans un ciel serein. L’instant, saisi par Patrice Vatan, c’est cette belle photo de Graham Hill, songeur, mais digne, face à ce temps qui passe avec cruauté.
Raison de plus pour parler tout de suite d’autres choses, ne serait-ce que par pudeur, et laisser le souvenir divaguer vers d’autres considérations plus ou moins insignifiantes : la montre de l’horloger Arpiem en hommage au champion à la triple couronne monégasque, l’hôtel Méditerranée (« aux senteurs de citron qui se faufilent par la fenêtre à demi ouverte ») ; son « meilleur ennemi », Robert Sobra, qui délivre les laisser-passer dans le paddock avec une rigueur toute sélective ; de vagues supputations (qui, au demeurant, ne le passionnent guère) quant à une possible victoire de Lauda sur Ferrari le lendemain, 20 ans après Maurice Trintignant ; ce qui le conduit directement vers la bibliothèque verte, et LE LIVRE de notre passion d’enfance pour le sport automobile. Finalement, autant « enjamber » ce présent monégasque qui ne respecte plus le passé, et se projeter vers le GP de Pau de Formule 2. Demain est un autre jour.
Patrice Vatan, c’est un peu le Patrick Modiano de la mémoire du sport automobile.
Cinq fois vainqueur à Monaco, bien sûr.
Correction anecdotique pour une si belle analyse du style Vatan.
Mince ! Comment ai-je pu faire une telle erreur ? En fait, je pensais à 1963, 1964 et 1965. Mais il y a aussi eu 1968 et 1969. Bref, j’ai tout gâché. Mon texte ne vaut plus rien.
Une seule consolation, cher JP Squadra : vous avez grillé la politesse à Olivier Favre, qui, depuis des annés, me poursuit avec constance, et une certaine délectation, avec ses rectifications et corrections.
Vatan-Modiano ? Vous y allez fort quand même…
René Fievet ? C’est vous, l' »historien amateur » dont parlait récemment Libération ?
Non Julien, je n’y vais pas « fort », comme vous dites, j’y vais « un peu », selon l’expression usuelle que j’ai utilisée. Mais il y a une grande différence : chez Modiano, la mémoire se conjugue en permanence avec l’oubli, voire l’amnésie. Alors qu’il semble bien que Patrice Vatan n’a rien oublié, bien au contraire.
Oui, c’est moi « l’historien amateur », mis en cause avec l’historien JM Berlière dans un article scandaleux de Libération, écrit par une jeune journaliste qui ne connait rien au sujet, et qui n’a pas lu notre livre. Nous avons rédigé un droit de réponse que Libération refuse de publier alors que la loi, en principe, l’y oblige (article 13 de la loi sur la presse). Nous allons engager une procédure de référé. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez contacter Olivier Rogar qui vous communiquera mon adresse email.
Le sujet m’intéressant en effet, je me suis procuré ce livre qui m’avait échappé à sa sortie. Je ne vais pas vous cacher que lire le terme « bien-pensance » dès la première page ne m’a pas paru engageant. La suite, bon… Je n’ai sans doute pas la compétence pour en parler (pas plus que Joly ou Paxton par exemple), et ce n’est pas le lieu pour cela.
Bonne continuation néanmoins.
Olivier Favre, le discret Fouquier-Tinville de Classic Courses dont nous craignons tous les rectificatifs publics mais néanmoins amicaux. Merci à lui qui fait régner ici rigueur et exigence.
Fouquier-Tinville ?! Eh ben, quelle comparaison ! Notre TTDCB n’y va pas de main morte ce matin …
😀
Damned ! Oui, j’ai été devancé …
Pour avoir vécu en teenager ces années soixante , mon impression était que HILL était fini pour la F1 après son accident de Watkins Glen . Comme quoi ça peut servir d’attacher sa ceinture de sécurité .
Globalement, c’est vrai : à quelques rares exceptions près (4e sur la grille au Ricard en 71 par ex), il ne fait plus partie des concurrents qui comptent en F1 après 1969 et cet accident de Watkins Glen. Mais il faut aussi préciser qu’il n’a plus la voiture qui pourrait lui permettre de nourrir des espoirs de podium.
Il fallait vraiment qu’il fût passionné pour continuer à courir en F1 dans l’anonymat des fonds de grille …