Les résultats des courses
Une belle rencontre, devenue un des classiques du genre. Dès la première édition, en 1997, on savait que c’était du sérieux. Au fil du temps, toutefois, on a eu droit à quelques innovations et/ou améliorations. Cette année, et en plus de celles déjà connues, est créée une catégorie dite « G » pour les monoplaces de Formule 1 de 1981 à 1985. Ce qui veut dire que l’ère du turbo entre à son tour dans l’histoire.
Jacques Vassal
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Dès les essais libres du vendredi après-midi, on a eu l’impression que ce serait la foule des grands jours. Les courses historiques seraient-elles en passe d’attirer aussi le grand public ? En tout cas les tribunes sont bien remplies et elles le seront plus encore le samedi pour la journée d’essais qualificatifs.
Et il faut dire que le spectacle est varié entre les époques, les marques et types de voitures et les styles de pilotage. A commencer par les modèles d’avant-guerre qui ont fait la légende de ce Grand Prix, dont la Bugatti Type 35 avec laquelle William Grover dit « Williams » remporta la toute première édition, en 1929. Et les Alfa Romeo et Maserati qui donnèrent souvent la réplique aux Bugatti.
Même si, pour cette fois-ci, une Maserati 4 CL (Richard Bradley), en tête au dernier tour,est tombée en panne à l’ultime vrage, laissant la victoire à l’inattendue Frazer-Nash monoplace 1935 de Patrick Blakeney-Edwards (également meilleur tour en 2’05 »751, moyenne 96,5 km/h).
Seul regret toutefois : ni Mercedes ni Auto-Union qui, 90 ans après le Grand Prix de 1936 remporté par Caracciola sur Mercedes W 25 devant les Auto Union Type C d’Achille Varzi et de Hans Stuck, auraient pu rappeler un autre temps fort de cette histoire. Mais il est vrai que les monoplaces rescapées de « l’ère des titans » sont bien gardées dans des musées d’usines.
Formule Sport et femmes pilotes
Il faut aussi honorer la Formule Sport, qui rappelle que le Grand Prix de Monaco fut disputé une fois par ces biplaces que l’on pouvait admirer en endurance, aux 24 Heures du Mans, à la Targa Florio, aux Mille Miglia ou aux 12 Heures de Sebring.
A Monaco, c’était en 1952 et on y avait vu des grands noms comme Stirling Moss ou Robert Manzon, au volant de Jaguar C ou de Gordini. Ici les jaguar C sont nombreuses, mais aussi quelques Ferrari (en particulier une sublime 250 MM), Maserati 250 S (dont celle du vainqueur Richard Wilson, avec un meilleur tour en 1’59 »964, moyenne 100,1 km/h),Cooper-Jaguar et Aston Martin DB 3 S. Justement pour ces deux derniers modèles, honneur à l’histoire, pour rappeler que Cooper fut le premier constructeur à essayer le moteur Jaguar XK, 6 cylindres double-arbre, sur une biplace Sport, avant Lister et Tojeiro. Et qu’Aston Martin réussit avec la DB 3 S une auto parfaitement équilibrée, qui remporta de grandes épreuves et qui existait en version course et en version « client ».
Katarina Kyvalova
Et honneur aux dames en l’occurrence. D’abord à Katarina Kyvalova, propriétaire – et pilote – d’une barquette Cooper-Jaguar T 33 de 1954 : « J’en suis propriétaire depuis dix ans. Elle avait participé en 1955 aux 12 Heures d’Hyères et aux 9 Heures de Goodwood. J’ai eu assez de chance pour trouver une auto qui soit éligible pour Monaco et pour d’autres épreuves historiques. Et une voiture à roues carrossées. Je ne pilote pas de voitures à roues non couvertes parce que c’est dangereux. Je ne veux pas prendre trop de risques. Nous sommes trois femmes pilotes cette année à Monaco. Ce n’est pas assez ! J’ai aussi une Bentley qui peut faire Le Mans Classic – mais pas cette année. » (NDLR : les époques y sont programmées désormais en alternance.)

GP Historique Monaco 2022 – Série C – Cooper – Jaguar T33 1954 – Katarina Kyvalova © Olivier Rogar Santoni

GP Historique Monaco – Série C – Cooper – Jaguar T33 1954 – Katarina Kyvalova © Olivier Rogar Santoni
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Nicola von Dönhoff
Autre femme-pilote, également de nationalité allemande, elle aussi engagée en série C : Nicola Von Donhoff. Elle court ici sur une Aston Martin DB 3 S version « client ». « Cette voiture a couru en avril 1955 à Oulton Park puis à Silverstone aux mains de Ken Wharton. Pourquoi ce choix ? C’est mon mari qui me l’a conseillée ! C’est une voiture de route, facile à conduire et à entretenir. Les voitures anglaises sont très robustes. J’ai conduit aussi des Ferrari et des Maserati de la période. Elles sont moins fiables et plus sophistiquées, les Maserati ont des changements de vitesses plus faciles car elles sont équipées de roulements à rouleaux. Avec cette Aston, il faut appuyer fort sur les commandes pour que les vitesses passent ! »
Une époque charnière de la Formule 1
Place aux Formule 1 de 2,5 litres (1954 à 1960), où l’on se trouve à la charnière de deux époques : la fin des monoplaces à moteur avant, telles BRM P 25 ou Ferrari Dino 246, et l’éclosion de celles à moteur central arrière, avec pour précurseur Cooper, qui permettra à Jack Brabham de remporter deux titres de Champion du Monde, en 1959 et 1960.
Dans cette série dite « Juan Manuel Fangio », surprise avec la victoire de Mark Shaw, au pilotage très efficace sur sa Scarab à moteur avant (une voiture qui ne fut jamais au point à sa vraie époque), qui bat la Lotus 16 (la dernière F 1 à moteur avant chez Lotus) de Max Smith-Hilliard (auteur du meilleur tour en course, en 1’55 »004, moyenne 105, 4 km/h) et la Maserati 250 F de John Spiers.
Les Formule 1 de 1500 cm3 (1961 à 1965) constituent un autre âge d’or de la discipline. Elles furent dominées tour à tour par Lotus, BRM, Ferrari, parfois arbitrées par Porsche puis Brabham.
Dans cette série baptisée « Graham Hill » (en souvenir des victoires du Britannique ici, sur BRM), la Ferrari 1512 de 1964 très bien pilotée par l’Américain Joseph Colasacco, partie en 3e position, déposait tour à tour les Lotus 21 de Stuart Hall et de Mark Shaw (encore lui !), au son strident de son 12-cylindres boxer. Une pièce rarissime (qui en son temps, avec Lorenzo Bandini au volant, aida John Surtees à devenir Champion du Monde).
Rappel des deux titres mondiaux de Jim Clark (1963 et 65, le second avec la Lotus 33, évolution de la 25 monocoque née en 1962), dans cette catégorie l’on remarquait aussi la Lotus 25 du Japonais Katsui Kubota, qui nous la présente lui-même : « Je viens de l’acheter et je ne me suis pas encore bien familiarisé. En son temps, elle a couru aux mains de Jim Clark et gagné trois Grands Prix, dont l’ACF en 1963. En 1964, elle s’est classée 3e ici à Monaco avec Peter Arundell. Plus tard, elle a appartenu à des pilotes privés au Royaume-Uni. Elle est plus difficile à piloter que la 72. Mais la boîte Hewland est facile à manier. Et la stabilité est bonne. Dans la chicane, quand on fait un écart sur le gravier, on n’a pas de problème. »
Notre ami japonais a la chance de posséder depuis longtemps une Lotus 72 (de 1971), avec laquelle il court ici dans la catégorie D dite « Jackie Stewart » (Formule 1 de 3 litres, 1966 à 1972). Classé 7e cette année, il avait gagné cette course historique en 2024 : « Je l’ai pilotée depuis mes dix-huit ans et au fil du temps, à Monza, à Nogaro, à Jarama et donc à Monaco. C’est comme mon bébé ! »
Cette course a été très animée, avec un très beau plateau de 19 monoplaces, la plupart à moteur Ford-Cosworth DFV – le fameux V 8 qui fit les beaux jours de la Formule en équipant notamment Lotus, March, McLaren, Surtees, voire Brabham (après la fin du Repco).
Mais aussi, et nos oreilles en ont été ravies, quelques-unes motorisées par des V 12 (Matra, BRM et bien sûr Ferrari). A propos de LA marque italienne, outre une 312 B 2 et la B 3 dite « Spazza Neve » fort bien menée par l’Allemand Franco Meiners, on pouvait admirer deux 312 (V 12 donc) de 1969, l’une pour Alex Birkenstock, l’autre prêtée à Jean Alesi.
Une participation très attendue, autant par le public que par le sympathique pilote avignonnais – ancien pilote de la Scuderia, vainqueur du Grand Prix du Canada 1995 et toujours grand amoureux du cheval cabré. Las ! Lors des essais libres du vendredi, Jean sortait de la piste après la fin du tunnel et l’avant de la voiture heurtait une bordure.
La suite, c’est Jean Alesi qui nous l’a racontée lui-même, avec beaucoup de franchise : « En 2024, j’avais déjà conduit ici une Ferrari F 1 ex-Niki Lauda. Mais celle-ci est plus ancienne, plus rude à manier. Le piège, ici, c’est l’euphorie. Là, j’y suis allé un peu fort à la sortie du tunnel et j’ai perdu la voiture. Le museau a été touché, pas le train avant heureusement. Les mécanos de Mathusalem Racing (une écurie allemande, NDLR) ont travaillé toute la nuit pour que je puisse effectuer les essais qualificatifs de ce samedi. »
Jean Alesi qualifiait la voiture avec le 6e temps. En vain hélas : pour la course du dimanche, impossible de prendre le départ ! Les mécanos poussaient la voiture jusque sur la pit-lane et intervenaient sur le moteur, Jean encore au volant, espérant quelque miracle jusqu’à l’instant d’avant la mise en grille.
Peu après cette course très animée (remportée par Michael Lyons sur une Surtees TS 9 de 1971, avec un meilleur tour en 1’34 »220, moyenne 127,5 km/h, devant une autre Surtees TS 9 et une Brabham BT 33), nous retrouvions un Jean Alesi déçu : « C’est frustrant ! C’est un système électrique, la commande qui envoie l’essence pour démarrer, qui n’a pas fonctionné, au dernier moment, pour quitter le paddock. Alors que, juste avant, ça avait très bien démarré ! On reviendra j’espère. » Nous aussi, cher Jean, on espère…
De plus en plus vite
Encore plus rapide, la série E (dite « Niki Lauda »). Inutile de vous faire un dessin ! Ces monoplaces de 1973 à 1976 constituent un autre morceau de choix, avec une course haletante de Stuart Hall à nouveau (cette fois sur une McLaren M 23 de 1973), qui s’impose devant Nicholas Padmore (Lotus 77) et le Français Guillaume Roman sur une Ensign N 175 – de 1976 comme la Lotus. Stuart Hall signe le meilleur tour en 1’32 »047, moyenne 130, 5 km/h.
La série suivante, dite « Gilles Villeneuve », est réservée aux Formule 1 de 1977 à 1980. C’est ici Michael Lyons qui va l’emporter pour la seconde fois de la journée, cette fois avec une Hesketh 308 E de 1977, devant le Français Frédéric Rouvier (Tyrrell 10 de 1980) et le Britannique Sam Hancock sur une Fittipaldi F8 de la même année. Le meilleur tour est l’oeuvre de Frédéric Rouvier : 1’32 »649, soit 129,7 km/h, curieusement un peu moins vite que celui de la série E. Des monoplaces un peu plus récentes pourtant… Autant d’occasions, pour nous, d’apprécier les performances de certaines voitures de pilotes-constructeurs (Surtees, Fittipaldi) qui, en leur temps, ne furent pas vraiment aux avant-postes.
Enfin, la série G dite « Ayrton Senna » accueille désormais les Formule 1 de 1981 à 1985. Et donc, potentiellement, celles de 1500 cm3 à moteur turbocompressé – à commencer par Renault. On misait beaucoup sur la RE 40 de 1983 que devait piloter le Britannique Maxwell Lynn, hélas elle n’a pu prendre le départ et c’est finalement Stuart Hall, second double vainqueur du jour, qui avec sa March 821 a battu la Williams FW O08 d’Alex Kapadia.
Le meilleur tour revient à Stuart Hall en 1’30 »836, soit une moyenne de 132,3 km/h. Il faut dire aussi que cette course, prévue sur 18 tours, a été raccourcie à 15 tours après intervention d’une voiture de sécurité pendant plusieurs boucles pour balayer des débris sur la piste, consécutifs à quelques sorties de route… C’est l’occasion d’applaudir le travail des 600 à 700 commissaires de piste, tous bénévoles on le rappelle; et à Monaco ça ne rigole pas !
En conclusion, et malgré un temps maussade le dimanche (on a même eu droit à un moment de pluie), c’était une fois de plus une belle fête du sport automobile, appréciée par plus de 50.000 spectateurs sur l’ensemble du week-end.








Merci Jacques Vassal pour cette plongée dans le cœur du GP historique de Monaco.
Avec des explications précises sur le « déboires » de Jean Alesi.
Petite remarque, il me semble, au risque de me tromper, que la charmante Katarina Kyvalova soit de nationalité slovaque, même si elle est depuis longtemps basée à Hambourg.
Mais quel plaisir de retrouver ces autos de notre époque, – la livrée Yardley, whoua ! – et bravo à l’organisation d’avoir choisi ces trophées inspirés par Yvon Amiel. Cela donne envie d’être à Monaco pour la prochaine édition.