Rétromobile 2025

1 – Rétromobile 2025 : F1 tricolore.

par | 6 Fév 2025 | 12 commentaires

Rétromobile 2025 : « La Formule 1 tricolore, des années soixante à nos jours », c’est ainsi que le salon parisien où l’on pose a intitulé l’exposition de Formule 1 ayant une relation marquée avec l’hexagone. Nous vous en présentons les plus emblématiques, ainsi qu’un petit clin d’œil final assez partisan qui n’a rien à voir avec le sujet dont on cause, reconnaissons-le bien volontiers.

Pierre Ménard

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La Ferrari 156 85 que pilota (très) brièvement René Arnoux au tout début 1985 avant de se faire renvoyer de la Scuderia. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

Un concept large

Que veut exactement dire ce titre, « La Formule 1 tricolore, des années soixante à nos jours » ? Car d’évidence, la Formule 1 « française » n’existait pas en 1965. On peut par contre considérer que cette date marque le début d’une grande aventure tricolore qui mènera vers un titre mondial pour une monoplace bleue. Mais pilotée par un Ecossais avec un moteur et des pneumatiques anglais autour de lui. Toute la finesse du concept exposé au fond du Hall 2 est résumée dans cet exemple : les voitures présentes ont toutes un rapport avec le sport automobile hexagonal, que ce soit le pilote, le moteur, le châssis ou/et les pneus. Ça permet de ratisser large et de prouver qu’on a un sacré savoir-faire dès lors qu’on s’en donne la peine.

Les grands vainqueurs

A tout seigneur, tout honneur, la Matra MS80 que Jackie Stewart fit triompher à 5 reprises en 1969 (en Afrique du Sud, Stew pilotait encore la MS10 de l’année précédente). C’est elle qui clôtura ce programme ambitieux lancé par Lagardère en 1965 : la F3 pour apprendre, la F2 pour gagner, la F1 pour être champion du monde. Le triomphe fut partagé avec l’écurie de Ken Tyrrell présentant de meilleurs gages de réussite que la maison mère française, mais ayant refusé le V12 maison pour privilégier le V8 Cosworth, plus fiable, plus coupleux et plus puissant. Rappelons toutefois que, lorsqu’on lui demanda à plusieurs reprises quelle voiture l’avait le plus enthousiasmé dans son parcours de F1, le pilote à la voix aiguë insista sur le fait que la Matra était la mieux équilibrée.

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La MS80, monoplace la mieux pensée de Matra que Jackie Stewart garde en mémoire avec affection. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

A l’autre bout du spectre, presque trente ans plus tard, la Benetton B195 de Michael Schumacher en 1995 et la Williams FW19 de Jacques Villeneuve en 1997 illustrent la suprématie indiscutable du V10 Renault dans les années 1992-1997. En tout 12 titres pilotes et constructeurs. Carton plein ! La firme au Losange avait initialement signé avec Frank Williams pour une fourniture gratuite… et exclusive dès 1989. Aussi, lorsque Bernard Dudot annonça en 1994 au rigide patron anglais que Renault fournirait également Benetton dès 1995 pour un « meilleur retour et une plus grande compétitivité pour les deux équipes », ce dernier lui demanda froidement si c’était une plaisanterie. Le triomphe de Schumacher et de son équipe en 1995 resta en travers de la gorge de Frank, même après les couronnes revenues « à la maison » en 96 et 97.

La grande épopée du V10 Renault qui terrassa son homologue japonais Honda pour régner sans partage de 1992 à 1997. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

Quelques morceaux de gloire

La Renault-turbo RE40 de 1983 aurait normalement dû pouvoir prétendre à ces honneurs ultimes. Elle était tricolore jusqu’au bout des ailerons, châssis, moteur, pétrolier, pneumatiques et pilote. C’était l’année à ne pas louper, celle d’une « équipe derrière son pilote » comme le proclamaient les affiches 4X3 placardées dans tout l’Hexagone au moment où l’atmosphère commençait à devenir irrespirable au sein de l’écurie jaune et noir. Le titre manqué d’un chouïa à Kyalami face à une Brabham dopée à une essence suspecte, l’éviction de Prost et la lente agonie jusqu’en 1985 ne doivent pas faire oublier que Bernard Dudot et son staff avaient initié une audacieuse technologie et que le V6 turbo de Viry-Châtillon resterait une référence dans le monde de la course.

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Le coup passa si près pour Renault et Prost en 1983 avec cette RE40 qui aurait dû achever en beauté un parcours initié en 1977. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

Puisqu’on en cause, ce multicylindres équipa également les belles Lotus JPS à partir de 1983. Cet exemplaire de 1984, Type 95T conçu par Gérard Ducarouge et Martin Ogilvie, fut à la pointe de beaucoup de combats, sans malheureusement concrétiser au plus haut niveau. Il faudrait attendre la saison suivante et l’arrivée du « magicien » Senna dans l’écurie pour que les victoires saluent les performances de ce moteur. Lors du retrait définitif de Renault fin 1986, le Brésilien exprimerait ses regrets, affirmant que ce bloc avait fait d’énormes progrès et que c’était dommage de se retirer au moment où « ça allait payer ».

L’arrivée de Gérard Ducarouge en 1983 chez Lotus se traduisit par des monoplaces élégantes et compétitives, telle cette 95T de 1984. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

Pas vraiment une référence, la BRM P160B de 1972. Mais elle reste chère au cœur du public français car c’est à son volant que Jean-Pierre Beltoise remporta son unique victoire – mais quelle victoire ! – à Monaco sous une pluie battante. Elle n’était pas d’une grande rigidité et son V12 était relativement feignant. Mais sur le bitume détrempé de la Principauté, ces défauts permirent au chouchou des spectateurs locaux de se jouer des événements et de la concurrence. Tout en pilotant à l’aveugle et au compte-tours !

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Le jour de gloire pour Bé-Bel à Monaco en 1972 avec cette BRM P160B. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

Six ans plus tard, et sous un grand soleil, c’est un autre Français méritant qui s’illustra sur les montagnes russes du Rocher. Patrick Depailler pilotait une Tyrrell 008 qui marquait le retour au grand classicisme après l’aventure un peu folle de la P34 six-roues. Un retour à la normalité qui s’accompagnait, hélas, d’une absence de grande qualité pour ce châssis. Mais sur le circuit étroit de Monaco où il est quasiment impossible de doubler, la hargne et le talent d’un champion déterminé suffirent pour que le petit Clermontois timide enlève enfin sa première victoire en grand prix. A noter que le modèle exposé fut un temps la propriété de Nick Mason, grand collectionneur de belles mécaniques et accessoirement batteur d’un des plus célèbres groupes de rock de la planète.

Parti 5e, Patrick Depailler prit la tête du Grand Prix de Monaco 1978 à mi-course pour ne plus la lâcher. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

Et les autres

Elles ne gagnèrent jamais, mais elles autorisèrent l’écriture de quelques pages de cette belle histoire du sport automobile tricolore. Ne tournons pas autour du pot, la Williams FW04 de 1975 ne valait pas grand-chose : châssis imparfait, préparation douteuse de la part d’une équipe désargentée, V8 Cosworth et pneumatiques de second choix, bref rien de bien folichon pour le jovial Jacques Laffite qui considérait avec fatalisme que ces galères seraient très instructives pour un futur plus lumineux. De la lumière, il y en eut lors du Grand Prix d’Allemagne sur un Nürburgring écrasé de soleil. Et des crevaisons également, à cause de la chaleur favorisant l’accumulation de gravillons au bord de la piste. Bien des cadors durent abandonner ce jour-là, ou rentrer aux stands pour changer de semelles. Pas Jacques, qui fut épargné par la poisse et réussit à amener sa brouette sous le drapeau à damiers, en deuxième position derrière le vainqueur Reutemann. Une belle journée assurément !

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Les voitures de Frank Williams n’étaient pas des modèles de performance en 1975, mais un Jacques Laffite inspiré sut amener en deuxième position cette FW04 lors du Grand Prix d’Allemagne. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

En parlant de brouette, celle qui échut à Henri Pescarolo en 1972 était un sacré spécimen : la March 721 de Frank Williams (déjà lui !) représentait la F1 des défavorisés. Ayant déjà piloté une 711 approximative en 1971, Henri se voyait condamné à la médiocrité crasse avec cette Formule 1 dérivant de la précédente. Le grand barbu, dont le parcours de pilote F1 s’enfonçait dans le néant absolu, put se consoler cette année-là avec une victoire éclatante au Mans qui annonçait une carrière exceptionnelle en endurance.

Henri Pescarolo eut bien du mal en 1972 au volant de cette March 721. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

Le cabriolet roi

Sans transition aucune, voici un stand qui a interpellé votre serviteur : les Mazda MX5 cabriolet. Quatre modèles exposés, NA, NB, NC et ND, soit les quatre évolutions de celui qui détient le titre de « cabriolet deux places le plus vendu au monde » (on parle de 1 200 000 exemplaires écoulés depuis 1989). Lors de sa conception dans la deuxième partie des années quatre-vingt, les ingénieurs maison à Hiroshima voulant relancer la vogue des petits roadsters se sont basés sur l’iconique Lotus Elan pour leur développement. Mais avec en tête une idée forte : fiable et étanche. Histoire de ne pas rebuter une clientèle putative ne sacrifiant rien au confort d’utilisation.

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Première génération des MX5, la NA est considérée par beaucoup de connaisseurs comme la plus pure. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

Lors de son apparition, la petite japonaise fut fraîchement accueillie par les amateurs d’anciennes. Mais son essai se transforma vite en adoption et son image grimpa en flèche dans l’esprit des fanas de voitures plaisir. Légère et amusante, la « Miata » devint vite un mode de vie automobile et son, ou sa, propriétaire peut même se faire aimablement saluer sur les petites routes par des possesseurs de Lotus Elise ou autre cabriolet britannique. Vérifié à de nombreuses reprises.

La NC (3ème génération) est représentée ici par ce concept-car de 160 chevaux pour un poids descendu en-dessous de la tonne. Rétromobile 2025 © Pierre Ménard

A suivre …

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12 Commentaires

  1. richard JEGO

    Bonjour et grand merci pour ces photos .
    Les F1 que Guy Ligier conduisit en 66 et 67 étaient elles à cette expo ?. La Cooper avec son moteur Maserati venant de la 250F des années cinquante était un beau dinosaure mais gagna 1 ou 2 GP me semble t’il .
    Additf : je crois que JBP gagna une autre course avec la BRM P160 , certes hors championnat mais c’était quand meme une victoire .

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    • Philippe Roche

      JPB a effectivement gagné la « Victory Race » en fin de saison 1972 à Brands Hatch, mais c’était au volant d’une …. P180 !

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  2. Olivier ROGAR

    Peter Windsor, lorsque je l’avais interviewé pour la biographie de Patrick Tambay avait évoqué l’impression laissée par cette montée en puissance des industriels français autour du sport automobile. Matra bien sûr mais aussi Ligier, Renault, Elf, Michelin, les filières shell et Elf puis Martini, Oreca, AGS et d’autres … Nos amis britanniques eux mêmes en étaient impressionnés.
    L’interrogation qui pourrait en résulter porterait sur les motivations poussant un pays à se lever tout entier pour faire montre de son excellence.

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    • Olivier Favre

      Oui, interrogation on ne peut plus actuelle à l’heure où le spectacle affligeant de nos politiciens est en complet décalage avec un pays qui sait encore prouver (JO, Notre-Dame) qu’il peut tutoyer l’excellence s’il s’en donne les moyens.

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  3. philippe masson

    Pour Matra, certes, pneus et moteurs GB mais Tyrrell et Stewart reconnurent toujours la qualité « aéronautique » des châssis Matra et puis le V12 remportât le Mans alors arrêtons de nous faire du mal !
    Pour une fois que l’entente franco-britannique fut cordiale…
    Votre présentation ne se veut pas exhaustive mais il me semble que parmi les plus importantes autos exposées dans cet article, l’Alpine A 500 doit avoir une place de choix. C’est par elle que tout a commencé. Et il aurait été bon pour les organisteurs de conclure (dans la mesure du possible) par un Renault F1 2005 (20e anniversaire, en plus !) 100% made in France. surtout à l’heure oèu Alpine F1 se tourne vers l’étranger. Grace n’en soit pas rendue aux dirigeants actuels. Comment M. Flavio Briatore peut-il encore figurer dans le cirque de la F1 ????
    Sinon question toujours sans réponse (du moins, peut-être pour les non initiés) : quid du renvoi d’Arnoux ? Méforme ?

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    • Pierre Ménard

      Merci pour votre commentaire. Mais j’ai rappelé que le châssis Matra était excellent via Jackie Stewart qui considère que la MS80 fut la meilleure Formule 1 qu’il ait pilotée. Quand au V12, il était certes bon pour Le Mans, mais une course d’endurance n’est pas un grand prix de F1 (à cette époque) et le V12 manquait cruellement de puissance et de couple face au V8 Cosworth. C’est un fait, vous ne pouvez pas aller contre.

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      • richard JEGO

        Et aussi , il consommait beaucoup d’ou plus d’essence et donc de poids au départ .
        Pénalisant , hélas . Alors qu’en endurance il y avait les ravitaillements et puis Ferrari était aussi avec un V12 , meme si à plat .

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      • Masson

        Tout à fait d’accord avec vous. Mais à défaut de gagner en F1, remporter Le Mans et trois fois de suite, c est quand même pas mal. Je ne conteste pas votre excellent article, je dis juste qu il n y a pas à rougir. Le Ford Cosworth était quand même un sacré moteur. Et 69 une belle année pour Tyrrell et Matra.
        Continuez à nous passionner. Merci CC.

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      • Christian

        Même si cela n’a rien d’objectif, la MS80 reste pour moi la plus belle F1 de l’histoire car ce fut pour moi et mes 14 ans le début d’une passion dévorante qui dura 4 ans jusqu’à une triste séance d’essais un cetain 6 actobre 1973. Depuis rien n’est plus tout à fait pareil.

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  4. Olivier ROGAR

    Passer de la F1 à la Miata, c’est osé 😀
    Pendant le salon j’ai surpris à plusieurs reprises les copains amateurs d’anciennes ou de sportives, voire des deux, sur le stand Mazda, les yeux humides, évoquant de très bons souvenirs ou témoignant de leur bonheur présent. MX5 for ever !
    (Celle de Xavier Audiau de Rétroviseur/ AutoRetro a déjà parcouru 700 000 km).

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    • Masson

      Comment s en étonner. Mazda à pris le relais des constructeurs anglais en fiabilisant (encore que, ma MG de 67 n est pas capricieuse) le concept du roadster avec toutes les sensations qui vont avec. De plus, la concurrence fut ou est quasi absente ( sauf Fiat barchetta, BMW Z3 en son temps). Longue vie à la Miata qui nous sauve de l’indigestion de SUV

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  5. Franck Vaudoit

    F1 tricolore et semble t il pas une seule AGS ?

    Réponse

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Pierre Ménard
Illustrateur de formation et passionné de Formule 1, il collabore à la revue Auto-Passion de 1993 à 2001, ainsi qu’à l’annuel L’Année Formule 1 de 1996 à 2013. En 1997, il participera par le graphisme au début de l’aventure Prost Grand Prix. En 1999, Pierre Ménard produit la Grande Encyclopédie de la Formule 1, aux Editions Chronosports, ouvrage réédité à quatre reprises. Il est également le co-auteur, avec Jacques Vassal, de biographies sur Juan Manuel Fangio, Stirling Moss, Alberto Ascari, Niki Lauda, Ayrton Senna et Alain Prost dans la collection Les légendes de la Formule 1, toujours aux Editions Chronosports. Il a également collaboré à l’élaboration du livre de Jean-Claude Baudier La magie du diorama, aux Editions du Palmier. En tant que journaliste historique, il écrit dans le magazine Automobile Historique de 2001 à 2005, et depuis 2012 dans Grand Prix. Il a rejoint feu Mémoire des Stands en 2008 et fut associé à l’aventure Classic COURSES dès septembre 2012.