Perte de repères

par | 5 Mai 2025 | 33 commentaires

Les nostalgiques et autres « regretteurs » d’hier pleurent à l’envi sur la course d’antan. Souvent sur le thème de la perte. Perte esthétique : les voitures se sont enlaidies. De diversité : les circuits se ressemblent tous. Perte onirique : les pilotes ne font plus rêver. Toutes ces opinions se discutent. Mais un fait apparaît peu contestable : la course automobile a bien changé. En conséquence, les vieux « fanatiques » ont perdu leurs repères.

Olivier Favre

Qu’est-ce qu’un circuit de F1 pour un jeune qui suit les grands prix d’aujourd’hui et n’a donc pas connu ceux du siècle dernier ? Un ruban gris entre des vibreurs bicolores et des zones de dégagement colorées qui serpente, le plus souvent à plat, entre des panneaux publicitaires et des murs de pneus surmontés de grillages démesurément hauts. Des « circuits Tilke » (1). Presque des circuits de jeu vidéo (2).

Des circuits de caractère

Gardons présent à l’esprit que ce que nous nommons « l’âge d’or de la course », c’était aussi deux ou trois fois par an des pilotes vêtus de noir rassemblés autour du cercueil de l’un des leurs. Tout comme les voitures, les circuits sont devenus de plus en plus sûrs et on ne peut que s’en féliciter. Mais ce faisant ils ont perdu leur identité spécifique et se sont uniformisés. Cette homogénéité est particulièrement flagrante sur la ligne droite des stands. Il y a 50 ans, en voyant la photo d’une grille de départ vous saviez immédiatement sur quel circuit vous étiez. Aujourd’hui, hormis quelques cas particuliers assez reconnaissables (Monaco, Interlagos, Spielberg), bien malin qui peut dire devant une telle photo sur quel circuit elle a été prise. A moins qu’une passerelle enjambant la piste arbore le nom d’un sponsor local qui vous donnera la solution.

Singapour
Heureusement que la pub nous dit qu’on est à Singapour ! – © DR

Je ne suis plus jeune et je ne regarde plus les grands prix depuis plus de vingt ans. Aussi, quand je pense à un circuit de F1, ce sont des images anciennes qui me viennent à l’esprit. Pourtant, je n’y étais pas. Mais j’ai assisté à des dizaines de courses à la télévision et vu des milliers de photos. Et ces clichés évoquent des paysages variés, des sensations climatiques liées aux saisons, des couleurs, voire des odeurs. Quasiment des leçons de géographie, en somme. Je ne puis me résoudre à en parler au passé.

Circuits-repères

Ainsi, pour moi, Reims, c’est un ruban multicolore de monoplaces filant dans la chaleur de l’été à travers les champs de blé de la Champagne.

Reims
Reims en 1961 – © DR

Le Nürburgring, ce sont les méandres d’un serpent de bitume alternant montées et descentes dans une forêt dense et souvent humide du massif de l’Eifel.

Nürburgring 1969
La Nordschleife en 1969 – © LAT

Brands Hatch, c’est la nature douce et aimable des collines du Kent, ce « jardin de l’Angleterre » avec ses vergers et houblonnières au sud-est de Londres.

Brands hatch
Brands Hatch en 1960 – © DR

Zeltweg (3), c’est l’ambiance alpine d’un grand huit dans le charme estival et bucolique des collines boisées de la Styrie.

Osterreichring
Zeltweg en 1972 – © DR

Zandvoort, c’est le sable des dunes de la Mer du Nord que le vent sème sur la piste, en même temps que la pluie et les odeurs de poisson.

Zandvoort
Zandvoort en 1968 – © DR

Rouen-les-Essarts, c’est un toboggan dans la forêt normande, bordé de fossés et de talus formant des tribunes naturelles.

Rouen les Essarts
Rouen en 1968 – © LAT

Charade, c’est « le plus beau circuit du monde » (dixit Stirling Moss) serpentant à flanc de volcan avec ses ravins et talus gardés par des milliers de petits silex coupants comme des rasoirs.

Charade
Charade en 1969 – © DR

Watkins Glen, ce sont les couleurs chatoyantes des arbres lors de l’été indien, cette saison qui n’existe que dans le nord de l’Amérique, comme le chantait Joe Dassin.

Watkins Glen
Le Glen en 1974 – © DR

Et d’autres encore : les batucadas d’Interlagos, Anderstorp en pleine cambrousse, le cagnard du Ricard, Hockenheim et les rugissements du Stadium, …

Du relief et des noms

Quel était le point commun de la plupart de ces circuits ? Ils épousaient le relief. A cette époque, un grand prix c’était des différences de niveaux, donc des montées et des descentes. Certes, il y avait des exceptions. Tout comme Reims, Silverstone et Monza étaient et sont toujours plats. Mais l’absence de relief topographique y est compensée par la passion humaine et la légitimité historique.

Qu’ils fussent plats ou accidentés, les circuits d’alors vous donnaient l’impression d’être dans un temple sacré. On y pratiquait partout la religion de la course, mais la liturgie pouvait varier en fonction du terrain. Les autels étaient les virages qui faisaient référence à des éléments de la toponymie locale. Becketts, Lesmo, La Garenne, Druids, Pflanzgarten, Hunzerug, Nouveau Monde, Gravenoire, … Contrairement à des milliers d’autres dont la renommée ne dépasse pas les limites d’un canton, tous ces lieux-dits sont connus dans le monde entier. Pour les « fanatiques » ce sont des madeleines proustiennes qui ont le pouvoir de convoquer des images, des faits de courses, parfois aussi des tragédies, hélas. Sur les circuits récents, les virages ont des numéros ou portent le nom d’un sponsor. Quand ce n’est pas le circuit lui-même qui est baptisé du nom de son financeur : Red Bull Ring.

Spa
Spa en 1965 – © DR

Saisons et calendrier

Il n’y a pas que les repères visuels, les jalons temporels se perdent aussi. Quand on a découvert et aimé la F1 dans les années 70 et 80, on a des habitudes. Une saison de F1 comporte une quinzaine de grands prix, elle doit commencer en Amérique du sud, se poursuivre à Kyalami, puis éventuellement à Long Beach. Ensuite la saison européenne commence en Espagne ou à Imola début mai. Puis, c’est Monaco et ainsi de suite jusqu’à Monza début septembre. Avec à la rigueur un intermède nord-américain (Montréal, Detroit) en juin. Les grandes vacances commencent avec le GP de France et se poursuivent avec ceux de Grande-Bretagne, d’Allemagne, d’Autriche, des Pays-Bas (4). Et la saison s’achève en octobre outre-Atlantique, voire encore plus loin (Japon, Australie).

Quatre ou cinq décennies plus tard, il y a 50% de courses en plus et près de la moitié des circuits n’existaient pas il y a 20 ans. L’Europe n’organise plus qu’un gros tiers des courses alors que la péninsule arabique en accueille quatre. Il n’y a plus de grand prix en Allemagne ni en France. Mais il y en a un en Azerbaïdjan depuis bientôt dix ans et la saison s’achève en décembre. Bref, la géographie d’une saison de F1 a complétement changé.

Bakou
Bakou en 2023 – © DR

L’argent n’a pas d’odeur

Ce qui n’a pas changé en revanche, c’est le peu de cas que fait le F1 circus du respect de la démocratie et des droits de l’homme. Naguère il s’accommodait très bien de l’Argentine des généraux, de l’Espagne de Franco et de l’apartheid en Afrique du Sud. Aujourd’hui, il ne voit aucun problème à se déplacer en Chine, en Azerbaïdjan, en Turquie ou dans des royaumes islamiques. Soit des Etats tous situés au-delà, voire très au-delà, de la 100e place au classement des pays selon l’indice de démocratie (5).

Ce n’est pas spécifique au sport automobile, la F1 va où est l’argent, au diable les principes ! Heureusement, il reste Spa, Monaco, Monza, Zandvoort. Mais pour combien de temps encore ? Si Tonton Bernie avait quand même une once de respect pour l’histoire du sport qui l’a fait roi, ses successeurs américains ne s’interdisent aucune « Liberty ». Y compris celle de remettre en cause des monuments comme Spa ou Monza. Si une autre pétromonarchie allonge plus de dollars, aucun état d’âme, on fera de la place pour un grand prix de plus au milieu du désert devant des tribunes vides. O tempora, o mores …

NOTES :

(1) L’Allemand Hermann Tilke est le créateur de la plupart des nouveaux circuits de F1 apparus ces 20 dernières années.

(2) Ce côté piste de jeu vidéo pourrait encore s’accentuer avec le projet extravagant de Qiddiya City en Arabie Saoudite : https://www.numerama.com/politique/1645616-ce-nest-pas-la-rainbow-road-de-mario-kart-mais-le-circuit-f1-fantasme-de-larabie-saoudite.html

(3) Lors de sa refonte il y a 25 ans, l’Österreichring a enfin pris le nom de la commune, Spielberg, où il se trouve. Mais pour moi et sans doute pour bien d’autres de ma génération, c’est Zeltweg, commune la plus importante à proximité et où se situait aussi le circuit initial, un aérodrome militaire à l’origine.

(4) Le GP des Pays-Bas s’est « baladé » entre le début de l’été (1970-71 et 74-75) et la fin de juillet (1973), avant de se fixer fin août (1976-85, hormis 82).

(5) Classement mis au point et tenu à jour depuis 2006 par le groupe de presse britannique The Economist. En 2023 la Turquie était 103e, le Qatar 114e, les Emirats Arabes Unis 133e, l’Azerbaïdjan 134e, Bahreïn 142e, l’Arabie Saoudite 150e, la Chine 156e. Notons également que la France n’est que 23e, l’Italie 34e et la Belgique 36e, alors que les pays nordiques trustent les places d’honneur. Pas de quoi trop pavoiser donc …

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33 Commentaires

  1. BLAISE Frédéric

    Pour ma part, je mets Nurburgring, Suzuka et Spa.
    Merci Olivier pour ce reportage sur les circuits 👍😘

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  2. Patrice Vatan

    J’applaudirais des deux mains à l’article d’Olivier si la droite n’était occupée à écrire. Un papier que j’aurais aimé pondre, assorti d’un addendum perso : was everywhere.

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  3. Jean-Paul ORJEBIN

    Bel article, à la fois poétique pour la partie descriptive des circuits historique et politique pour la partie « Liberty ».
    J’ajouterais peut-être une caractéristique de ces circuits restés gravés dans nos mémoires : le tunnel étroit qui permet le passage de l’extérieur à l’intérieur. Ce endroit magique et éphémère qui fait passer de la vie ordinaire à la fureur et au bruits des moteurs que l’on chauffe. Ce moment déprimant lorsque l’on quitte le circuit le soir pour retrouver la banalité. Le tunnel… ah, le tunnel !

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    • Cébouz Anké

      Bien vu cet article d’Olivier …….quand le soufflé retombe…. « Moment déprimant » comme le dit JPO C’est exactement ça. Ressenti : Même sensation après une semaine de course au Tour Auto , où le dimanche matin, crevé, on se réveillait, seul, tard en matinée ( parce que rincé…), souvent dans une ville de bord de mer, pour aller chercher seul ( le copi s’est sauvé pour attraper tôt un TGV pour Paris…),sa « voiture de course »au milieu d’un parking, plein la veille, mais désespérément vide et silencieux, le lendemain. Le Tour Auto Blues en fait……(a un autre tout petit niveau personnel)…… Ah ! l’Age d’or de la course !

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  4. Enguerrand Lecesne

    Pour Stirling Moss, le plus beau circuit du monde, c’était le Nürburgring.

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    • Olivier FAVRE

      Il me semble que c’était Charade, plutôt

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      • tonton néné

        Déclaration de Stirling Moss a l arrivée de la course de formule II a charade en 1959 course qu il remporte cette année là

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        • tonton néné

          a voir sur YOUTUBE tapez : CHARADE 1959 STIRLING MOSS

  5. JEAN LUC ROY

    Excellent article d’Olivier Favre, qui décrit parfaitement l’évolution de la F1, et bien au-delà celle de l’ensemble du monde du spot mais aussi de la politique et de l’économie plus que jamais « mondiales » ! Au chapitre des regrets et de la nostalgie je complèterais avec Suzuka, miraculeusement toujours présent au calendrier, mais aussi avec l’Afrique du Sud et l’Argentine et j’évoquerais évidemment la musique des moteurs et les odeurs . Il faut aussi admettre que nous étions alors « jeunes et larges d’épaules » comme le chantait un certain B.L…

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    • ferdinand

      Jeunes et larges d’épaules, sur nos Suzuki GT 380…

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      • Brumos

        Plutôt 500h1…

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  6. Charly

    Belle analyse et très beau texte !Merci.

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  7. de Krahe

    Si Spa était resté.le grand circuit qu’il était, il ne serait pas deuxième après Silverstone

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  8. Ronan Huon de Kermadec

    Excellente analyse, que je partage totalement, pour ma part ce que je regrette le plus c’est la banalisation des voitures… Actuellement elles ont toutes la même forme, si nous retirons toutes les pubs et couleurs de ces autos, nous serions incapables de reconnaître une Ferrari d’une Mercedes ou une Alpine, et c’est dommage. J’aimais mieux l’ époque où les voitures portaient les couleurs de leurs pays… Le bleu de la France, le vert de l’Angleterre, le rouge de l’Italie, le blanc des US… Et les pilotes n’étaient pas des panneaux publicitaires… Beaucoup de regrets… Moi qui ai pratiqué le sport auto dans les années 70, tout cela me manque et les courses actuelles m’ennuient.. R de kerm.

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    • Albert

      Je suis d’accord avec vos observations. A soixante ans de distance,(comme sure la première) je suis capable, dans presque toutes les illustrations qui accompagnent le texte d’O.Favre, d’identifier les voitures,voire le conducteur à l’intérieur… Chose que je ne parviens pas à faire (et à m’y intéresser vraiment !) avec des clichés de deux ou trois ans seulement, voire moins.

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  9. Régis PREVOST

    Triste époque où toutes les autos se ressemblent hormis le nom des sponsors et courent sur des circuits sans âme et sans histoire où il y a quelques années n’étaient organisé que des courses de chameaux. Ne devraient pouvoir organiser un Grand Prix comptant pour un Championnat du Monde qu’un pays qui produit ou a produit des automobiles. Exception faite éventuellement de Monaco pour tenir compte de l’Histoire.

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  10. Linas27

    Des regrets … Des regrets… Comment ne pas acquiescer en lisant cette note …Nos repères sont perdus dans la réalité de l’époque mais ancrés à jamais dans les esprits. Merci à Olivier Favre de nous les « encrer » pour le plaisir de la lecture.

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  11. richard JEGO

    ça tombe bien niveau calendrier , on arrive sur :
    IMOLA , impossible d’y doubler et de sinistre mémoire .
    Monaco , encore plus impossible de doubler et aussi de sinistre mémoire .
    Barcelone : fin de saison . Madrid en 2026 .
    Bref ; profitons de ce que nous avons et allons avoir en cette saison 2025 et soyons heureux d’avoir vécu ces années 60 et 70 . Mais honnetement ; qu’est ce qu’on s’emm…ait au Nurburg avec 8 mn entre deux passages , sauf si on comptait en saucisses grillées et bières fraiches ! Mais là ce n’est plus de la F1.

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  12. Albert

    Bel article, rien à (pouvoir) ajouter, si ce n’est la confirmation de cette nostalgie qui nous hante tous, nous les plus de soixante-dix ans (je parle pour moi « 77 »), car nous avons touché de nos mains, de nos yeux, de nos oreilles, de notre cœur ; cette époque unique, irrépétible (malheureusement !), plus encore, incroyable, inimaginable pour les jeunes et même moins jeunes générations.
    Un exemple ? : 71 où 72 , arrivés tôt samedi matin, au circuit de Charade, objectif : réussir à resquillé l’entrée ( oui je sais, ça ne ce fait pas  !), puis déambuler nonchalamment dans le pré ! ?… « Parc fermé » (sic) parmi les voitures, les mécaniciens, les pilotes. Manger des sandwichs, marcher le long de la piste repérer les meilleurs points de vue , explorer les hauteurs pour tard le soir dormir, à la belle étoile. Dimanche matin, retour au circuit, déambulant toujours inlassablement ici et là, au pays des merveilles, saluer un disponible Tommy Franclin, croisé casuellement, entendu à la radio, mais jamais rencontré en chair et en os (abondamment ! ). Enfin, suivre la course appuyé derrière la glissière de sécurité (imprudent ! téméraire ! inconscient ! irresponsable ! (oui,j’avoue !) . Fin d’après-midi, retour at home choisissant de belles départementales peu fréquentées, et qui ressemblaient terriblement au circuit que je venais de quitter, m’invitent à dessiner (quant possible) de belles trajectoires… rêvent !

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    • richard JEGO

      Très beau témoignage . Merci

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      • Bernard Landes

        Qu’est-ce qui vous fait regretter le temps passé et qui vous rend si nostalgique ?
        Et si c ‘était , tout simplement , la disparition des grid girls , des beautés bronzées d’ Hawaiian Tropic , des hôtesses Durex distribuant des préservatifs au G.P. de Monaco , et autres silhouettes publicitaires élancés et cout-vêtues ?
        Sans compter la disparition des circuits de Monsieur Johnnie Walker himself , victime , lui aussi de cette funeste  » Loi et Vin  » ?

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        • richard JEGO

          le simple fait qu’à cette époque avec un simple billet  » enceinte générale  » et de la débrouille , on accédait aux stands , garages et pit lane comme je le faisais à Monaco dans les années 70 . Essayez de nos jours !

  13. ferdinand

    Le nombre de commentaires spontanés dit à quel point vous touchez juste.
    Je renâclerai un peu, pour le principe, face à votre comparaison en ce qui concerne la politique et les droits de l’homme (pour vous contredire, Kyalami et tous ses visages blancs, c’était quand même un poil sinistre – et aujourd’hui, l’Italie de Meloni, aussi démocratique apparaisse-t-elle encore, apparaît fort peu sympathique).
    Mais cette mauvaise humeur passée, je vous remercierai comme l’ont déjà fait tous ceux qui m’ont précédé. Je retrouve bien dans votre article cette magie presque enfantine face aux drapeaux colorés, au dépaysement, à la singularité des noms de lieux, dans une époque où le voyage restait un acte exceptionnel. Et puis ces circuits taillés, comme vous le remarquez, à même la topographie, parfois entre des rangées d’arbres ou des haies, bordé de quelques banderoles exotiques. Oui, on savait où on était : là, précisément, et pas à peu près n’importe où, arrivés par des détours, en voiture, parfois en bateau mais certainement pas en charter, seul ou accompagné mais connectés à rien d’autre qu’à ce précieux moment.
    Merci Olivier.

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    • Olivier Favre

      Je vous en prie. Et je ne vois pas vraiment où est la contradiction sachant que je ne regrette certainement pas le Kyalami de l’apartheid, bien trop blanc effectivement. En plus, ce circuit me rappelle surtout des mauvais souvenirs liés à l’écurie Shadow et à deux pilotes que j’appréciais.

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  14. Olivier Rogar Santoni

    Le temps a fait place à l’efficacité sous toutes ses formes : cicuits, voitures, procédures, réglements, langage. Mais en clonant les uns comme les autres, il a contribué à la disparition d’une composante essentielle, celle du charme. Notre âge un brin nostalgique nous y rend plus sensible sans doute car ce charme était aussi celui de la liberté et des rêves de nos vingt ans. Ajouterai-je, craignant de retourner le couteau dans la plaie, que les couleurs de leurs casques nous permettaient en plus de reconnaître « nos » pilotes ?

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  15. PASCAL STARTARI

    Merci pour cet article illustré de très belles photos, qui me donne un début d’explication sur le fait que je me désintéresse de plus en plus des courses actuelles, moi qui suis un vieux passionné depuis la fin des années 1960. Et à la lecture de vos différents témoignages, je comprends que je ne suis pas le seul à faire ce constat. Par ailleurs je rejoins Olivier Rogar, quand il déplore cette nouvelle habitude des pilotes de changer la décoration de leurs casques à chaque course (ou presque) . J’ai également un autre regret; par le passé, les pilotes étaient accompagnés de leurs épouses, fiancées, compagnes dans les stands et sur les podiums à l’arrivée. C’était tout à fait charmant. Aujourd’hui, on y voit surtout leurs papas: Hamilton, Verstappen, Doohan, Norris, Piastri, etc… Les choses évoluent, les temps changent, ainsi va la vie.

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    • richard JEGO

      Allez regarder les photos sur le site de la revue autosport : On y voit également épouses , fiancées , compagnes et leurs toutous . Dans les stands en 2025 : trop de monde entre mécanos et invités et plus besoin de chronométreuse , sur les podiums c’était plutot une grid girl de l’organisateur , par ex. miss Texaco . D’accord avec Olivier , le charme de ces photos vient de ce que nous avions 20 ans dans ces temps là .

      Réponse
  16. Papon

    Un que j’ai bien aimer rouler, mais hélas des constuctions de maisons individuelles ont poussées tout autour, un vrai circuit à l’ancienne * JARAMA * banlieue de Madrid

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  17. René Fiévet

    « Perte de repères », titre Olivier Favre dans son excellent texte, tellement pertinent qu’il a suscité un flot de réactions parmi les lecteurs de Classic Courses. Mais n’est-ce pas beaucoup plus grave que cela ? C’est tout un monde qui a progressivement disparu en l’espace de 50 ans. Car il ne s’agit pas seulement de la forme des circuits automobiles. L’uniformisation gagne aussi les voitures, que l’on ne distingue plus les unes des autres. Et elle a gagné aussi les pilotes, qui se ressemblent tous plus ou moins, car formés sur le même moule dès leur plus jeune âge. J’ai l’impression qu’ils sont interchangeables. De notre temps, les Beltoise, Hill, Brabham, Surtees, Siffert, etc. étaient tous de puissantes personnalités. Ils n’étaient pas interchangeables. Derrière chaque pilote, il y avait une histoire, une aventure individuelle, et cela nous passionnait.
    C’est le grand paradoxe de notre époque : l’individualisme est placé au premier rang des vertus cardinales, mais, combiné à l’exposition médiatique, il conduit à l’uniformité. Et la chose la plus étonnante, c’est qu’il semble bien que ce spectacle devenu insipide passionne les jeunes générations, comme en témoigne le succès de série Netflix sur la Formule 1. Comme il n’y avait plus d’histoire, il a fallu construire un récit.

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    • Olivier FAVRE

      Oui, c’est sans doute plus profond qu’une simple perte de repères, mais j’ai voulu rester sur une note d’humeur relativement « légère ». Et comme tu le dis, et tu n’es pas le seul au vu des commentaires, on pourrait aussi évoquer les voitures et les pilotes, qui se sont uniformisés également. Ce qui rend leur identification délicate. Rien que parvenir à distinguer par leur numéro les deux voitures d’une même écurie est une entreprise hasardeuse aujourd’hui. Encore plus si les pilotes changent de couleur de casque comme de chemise …

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  18. eric bhat

    Qu’est-ce qu’ils étaient beaux, ces circuits où trois ou quatre pilotes se tuaient chaque année ! On pataugeait dans la gadoue dès la première goutte de pluie,.Les salles de presse étaient exigûes et enfumées. Il y avait trois cameras qui se battaient en duel dans les hélicoptères, au lieu de trois caméras par virage.

    Les équipes ont beau passer de 40 à 1500 personnes, les relations entre pilotes restent virales, chacun souhaitant être plus rapide que son coéquipier.Vous avez vu que l’ambiance peut facilement devenir glaciale entre Gasly et Ocon, pareil entre Charles Leclec et Lewis Hamilton, et les deux pilotes McLaren ne vont pas tarder à s’écharper. Comme quoi la F1 est avant tout – et reste – un championnat de pilotes. Les voitures sont plus sûres aujourd’hui, les pistes également : tant mieux. Vergne est arrivé un jour avec un casque en hommage à François Cevert, et tout le monde s’extasiait. Tant mieux si les casques ont chacun leur signification. Jacky Ickx disait très justement qu’à son époque les écarts se comptaient en secondes. Maintenant c’est en milièmes de seconde. Vous avez vu combien les pilotes continuenet à se déchirer pour la pole ou pour décrocher un ou deux poinrs en course.et pour les gens de la F1, la F1 génère encore plus d’argent. Le respect des team-managers pour les pilotes reste aléatoire pareil.

    La vraie différence entre avant et maintenant, c’est qu’il y a un permis à points pour les pilotes, un DRS pour doubler safe. C’est ça qu’il faut surveiller de près.

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  19. Jean-Luc de Krahe

    Bonsoir, je suis étonné que vous ne fassiez pas plus référence à notre circuit national de Spa Francorchamps… Venez-y ! Et pas seulement pour la F1. Nous venons de vivre une superbe édition des WEC Spa Six Hours. Un circuit qui n’a en rien renié ses racines et que j’ai pu faire découvrir à l’Ami Olivier. Il faut venir à Spa Classic, aux 24 Heures GT3 ou aux Spa 6 Hours Historic. Be welcome !

    Réponse
    • Olivier FAVRE

      J’aime beaucoup Spa et j’y suis venu plusieurs fois. Si je n’en ai pas parlé dans cette note, c’est parce que c’est sans doute à Spa qu’on éprouve le moins cette sensation de perte de repères. Car c’est l’un des très rares circuits qui a conservé son « âme » malgré les évolutions du tracé, des infrastructures, etc …

      Réponse

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Olivier Favre
Le goût de l’automobile est un atavisme familial transmis par mon père, qui l’a manifesté autant à l’échelle 1 que par les Dinky Toys. Mais l’intérêt pour la course est ma spécificité et j’y suis venu très tôt par les miniatures Solido des 24 Heures du Mans, Ferrari 512 M, Matra et autres Porsche 917. Après le jeu sur les tapis est venu le temps de la collection et du modélisme, de l’abonnement à Sport-Auto puis à Auto-Hebdo. Parallèlement, mes études à Sciences-Po ont confirmé mon intérêt pour l’Histoire et renforcé ma confiance rédactionnelle. Une fois trouvée ma voie professionnelle dans la fonction publique territoriale, j’ai voulu réunir tout cela et écrire sur l’histoire de la course automobile, celle que je n’ai pas vécue, celle que j’aurais aimé vivre. C’est ainsi que j’ai collaboré à Automobile Historique pendant trois ans. Puis sont venus Mémoires des Stands et le magazine Autodiva, qui me permet de garder le contact, précieux pour moi, avec le papier. Et enfin Classic Courses depuis 2012.