Cevert

Au fait Cevert est mort par Patrice Vatan

par | 8 Oct 2020 | 21 commentaires

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Après Port-Marly il longe la Seine, prend la D 321 qui grimpe vers Versailles. La nuit est tombée, la chaussée luisante de pluie. Patrick Baussan n’en a cure. Son pied est lourd, son compte-tours peine à suivre. Sanglé sur le baquet de droite je suis partagé entre plaisir et peur tandis que le décor forestier de la D 446 se brouille en un filé inquiétant.

Nous revenons de chez Pierre Chrétien. Après-midi diapos. Photos des 24 heures du Mans, Pesca et Larrousse échoués sur la Matra 670 naviguant sur une mer humaine, façon Radeau de la Méduse. Bois de l’homme mort, bois du chat noir, la Simca Rallye 2 file comme sur les Hunaudières sauf que Baussan n’est pas Pescarolo, ses nerfs sont en chewing-gum.

Il fond sur la patte d’oie qui sépare les directions de Bièvres et Saclay, hésite à environ 160 à l’heure, opte à la dernière seconde pour Saclay, l’auto part en toupie, un tour, deux tours, trois tours. L’univers stable et sûr dans lequel je me meus depuis un quart de siècle part lui aussi en sucette. Ainsi c’est ça la mort. Dans un silence impressionnant car aucun de nous ne pipe mot, la Rallye 2 s’éteint, moteur et phares, meurt sur un obstacle mou. Un talus entre deux arbres. Ce n’est pas encore notre jour.

C’est par contre celui des Israéliens, envahis ce matin par les armées de Sadate et Hassad, le jour du Yom Kippour. Le petit Blaupunkt crachotait avant de s’éteindre les échos de cette guerre nouvelle qui installait une drôle d’impression en nous. Aurions-nous pu deviner qu’elle marquait la fin de l’innocence, les prémices de la prise de conscience, par effet indirect, de la rareté des énergies fossiles, le début de la fin d’un monde de richesse, d’opulence que nous supposions éternel ?

La Rallye 2 repart, intacte. Mon beau-père m’ouvre la porte, à Villebon. Maison chaude où la guerre n’a pas pénétré. Sur le ton de celui qui annonce des côtes de porc au dîner, il dit qu’au fait Cevert est mort, avant de retourner classer ses papiers.

Image © Archives Monsieur Lafilé

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21 Commentaires

  1. Jean-François Freyssinges

    A l’annonce de cette affreuse annonce en fin d’après-midi de ce funeste Samedi je fus dévasté tant j’admirais ce champion .
    Quelques jours plus tard je voulais lui rendre hommage et me suis rendu à ses obsèques en l’église St Pierre de Neuilly.
    Le hasard voulut que mon voisin de gauche était le grand Graham Hill dont l’émotion était palpable. 
    Cet instant restera gravé en ma mémoire pour toujours…!

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  2. Daniel de Birac

    Oui mais Elvis Presley est toujours vivant, je l’ai croisé il y a peu faisant le plein de sa Oldsmobile Starfire.

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  3. Olivier Favre

    J’ai toujours été frappé par cette extraordinaire simultanéité : la mort de Cevert, homme flamboyant et pilote en progression constante, alors qu’il allait avoir trente ans, le même jour que la guerre qui allait mettre fin aux Trente Glorieuses et à leur mythe du progrès sans fin. Il y a là une synchronicité que j’ai toujours trouvée vertigineuse.

    Réponse
    • Olivier

      Moi aussi, cette coïncidence m ‘ a toujours énormément perturbé. …
      La fin de l ‘ insouciance, de toute une époque

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  4. René Fiévet

    En même temps que le souvenir de Cevert, Patrice Vatan nous fait tout simplement revivre une époque, celle du « journal de 20 heures ». Dans la journée, on travaillait ou « on vaquait à ses occupations », comme on disait, et le soir on prenait connaissance des nouvelles. Le lendemain, on achetait le journal pour mieux s’informer des événrements de la veille. Et parfois, des nouvelles tragiques venaient à notre connaissance de façon fortuite, presqu’aléatoire. Au lycée, dans la cour de récréation, ou au milieu d’un groupe d’amis ou de connaissances : « au fait, Jim Morrison est mort », « au fait, Coluche a trouvé la mort dans un accident de moto ». Nous avons tous connu ces moments de choc émotionnel, l’impossibilité de communiquer avec le messager du malheur, et la terrible solitude qui s’ensuivait. C’était une autre époque. 
    Au fait, il y a un film récent, de Nicolas Bedos, qui a pour titre :« La belle époque ». 

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  5. Christian

    j’aperçois un papier Cevert sur Classic-Courses ,
    j’y plonge dans la seconde ,
    quelle deception !!!
    un bla bla littéraire au 7eme degré qui ne me parle pas .
    votre blog devient 1 repaire de lettrés Parisiens qui jouissent de leurs bons mots , n’ayant plus aucun lien avec notre passion de la course .
    47 ans aprés sa mort , F.Cevert aurait mérité mieux .
    Seul , le commentaire de Jean-Francois nous apprend quelque chose .

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    • Linas27

      En Effet il n’y a pas que les sexagénaires ou septuagénaires blasés ! Christian pourra peut-être trouver de l’eau pour son moulin sur un site que j’ai découvert par l’intermédiaire du groupe FB « F1 d’antan et d’aujourd’hui « . Sur Cevert un hommage 2020 avec le résumé du GP de Pau 73 et des notes déjà parues « La fureur de vivre » ou « ma saison à émotions »..Etc… http://memorytso.hautetfort.com

      Réponse
      • Christian

        Merci pour le site Linas27 ,
        Désolé si j’ai pu vous froisser ,
        Mais , vous qui savez , pourquoi ne pas raconter ?
        C’est la raison d’exister de Classic Courses les belles histoires de la F1 . Ok je n’étais pas très grand en Octobre 73 , mais Cevert était mon Champion .C’est lui qui m’a inoculé le virus de la course .

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    • Patrice Vatan

      Bien que n’étant pas lettré parisien (mais assigné à résidence nivernais) votre commentaire me fait réagir, cher Christian, en tant qu’auteur de cette note qui, hélas vous a fait perdre un temps précieux, et je le regrette.

      Sachez qu’avant tout j’écris pour moi-même, pour quelques amis, et pour adoucir le cours du temps, selon une jolie formulation dont vous trouverez la source dans quelque blog de lettré parisien. Bref, j’écrivais sur mon profil Facebook sans me soucier plus que ça de numéros de châssis, de points de règlement de l’annexe J, etc., quand notre « teneur » Olivier est venu jusqu’en terre nivernaise pour tenter d’arracher ma collaboration à son excellent Classic Courses. Flatté, bien que je ne le montrai pas, je lui permettai de reprendre sur CC mes textes tels qu’ils figurent sur ma page.
      Donc je n’écris pas spécifiquement sur CC. Ce qui explique le décalage ontologique d’avec les contributions rigoureuses, très documentées, référentielles aussi commises par les grandes plumes pratiquant cette approche, celles de Pierre Ménard, d’Olivier Favre, de René Fievet.

      Réponse
    • ferdinand

      Je ne suis pas certain qu’il s’agisse d' »apprendre quelque chose ». Toute l’information étant disponible sous forme de livres (si vos ne les avez pas, je vous proposerai une courte bibliographie), dans la presse de l’époque ou d’aujourd’hui ou – si vous ne craignez pas les approximations – sur internet, on cherchera plutôt ici des correspondances, des échos d’instants auxquels le temps écoulé permet de donner d’autres contours.
      Si j’ai plaisir à lire cette courte note, écrite par quelqu’un de manifestement plus âgé que je ne le suis, c’est que j’y retrouve malgré tout l’expression d’un sentiment que j’ai moi-même connu, et d’une époque finalement bien lointaine, alors que dans ma mémoire et celle de beaucoup d’autres je crois, ce 6 octobre-là était avant-hier.

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  6. René Fiévet

    Privilège de la jeunesse ? Chritian a encore besoin d‘apprendre quelque chose sur François Cevert. Il faut donc que Classic Courses soit « utile », et lui serve à quelque chose.
    Nous qui avons connu cette époque, nous savons tout – ou presque tout – sur François Cevert, et parfois même au-delà de sa seule carrière sportive. Il ne nous reste que le souvenir. Comment Christian pourrait-il comprendre que parler de nous-mêmes à propos de ce 6 octobre 1973, c’est parler de François Cevert ? Ce n’est pas de sa faute.
    Mais il a raison sur un point : ce texte de Patrice Vatan est totalement inutile.

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    • Olivier Favre

      Oui, René, totalement inutile, donc rigoureusement indispensable !

      Blague à part, que dire de plus sur cette tragédie du 6 octobre qui n’ait pas déjà été dit ? Il faut donc l’aborder « de biais », comme l’a fait Patrice.

      Quant aux « lettrés parisiens », la distribution géographique des principaux contributeurs et commentateurs de Classic Courses devrait leur permettre de garder le contact avec le réel et, ainsi, les préserver des risques de l’entre-soi parisien.  

      Réponse
      • richard JEGO

        Oui Mr FAVRE ,
        Et pas besoin d’aller à Marly pour faire des figures en rallye 2 .Ce texte m’a rappelé une « sportive » montée à NOEL 73 de Chamrousse sous la neige en rallye2 cloutée avec moult figures ;. c’est ça aussi le charme de ces billets décalés . MERCI r

        Réponse
  7. VOGEL Philippe

    Bonjour !

    En cinq mots : superbement écrit et si décalé ! Bravo Patrice ! Philippe Vogel

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    • Prat

      Un jour , lorsque j’étais mécanicien chez Matra compétitions , Gérard Ducarouge nous annonce qu’un nouveau pilote va rejoindre l’équipe des protos ! « : Ah , qui est ce ?  » François Cevert , le beau frère de JPB  » , notre première réaction, ne connaissant pas ce Monsieur , fût de ne nous dire , encore un planqué qui profite de l’aura de JPB .
      Il faut dire pour être honnête, qu’à part l’Equipe pour les résultats de F1 et Protos, le reste ne nous intéressait guère .( a suivre si vous le souhaitez ).

      Réponse
      • Olivier Favre

        Bien sûr qu’on le souhaite Guy. Et bienvenue sur CC !

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      • Christian

        Merci de poursuivre Mr. Prat , bien sur ! racontez nous jusqu’au moindre détail vos histoires de Matracien , avec Duca , JPB, HP, FC et tous les autres ,
        sans oublier le grand Monsieur qu’était J.L Lagardère .

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  8. Patrice Lafilé

    Merci à Patrice Vatan et Classic Courses pour Cet Hommage Décentralisé . A travers cette chevauchée sauvage en région Parisienne, après avoir passé un après midi diapos consacré à Matra et son Triomphe, cette note est à l’image de cette époque, Très fureur de Vivre…….A ce Titre, Le Figaro évoquait à la Mort de François Cevert : La fin Tragique d’une formidable Fureur de Vivre . Et comme disait Jacques Chancel lors du Radioscopie Hommage à François Cevert :  » J’ai perdu Cevert, Nous avons perdu Cevert…. »

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  9. Muratori Patrick

    Fin de samedi après-midi, j’appris par un copain rencontré sur le boulevard  » t’es pas au courant, François Cevert a eu un accident mortel? » Comme en 1994, le dimanche après-midi lorsque Ayrton Senna s’est tué a lors du Grand Prix d’Italie à Imola, je suis resté sonné, dégouté de F1. Depuis je n’ai plus la même passion…

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  10. Pascal STARTARI

    Grand Prix de Monaco 1973, le premier auquel j’assiste en spectateur sur place. Jackie Stewart en pôle position manque totalement son départ et c’est François Cevert qui à la surprise générale mène la course au premier tour et creuse déjà un bel écart sur ses poursuivants. Second tour, la meute passe devant nous et au ralenti, on aperçoit la Tyrrell du pilote français qui semble avoir touché une bordure, une roue endommagée le force à rentrer au stand. Il repart et termine finalement quatrième à un tour du vainqueur, Jackie Stewart son coéquipier, après une superbe remontée.
    Au moment de la remise des prix, je suis dans les stands et, dans celui du team Tyrrell , j’aperçois François Cevert, effondré, seul, assis dans un coin, inconsolable d’avoir perdu cette course prestigieuse qui lui semblait acquise après un départ météorique. On ne le sait pas encore à ce moment-là, mais il ne reviendra plus jamais à Monaco.
    J’ai toujours ce souvenir en tête depuis ce sinistre samedi du 6 octobre 1973.

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    • Christian Lapassade

      très beau témoignage , merci

      Réponse

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Patrice Vatan
Je suis né à l’automobile entre les jambes de mon père. Mêlés à la poussière soufflée sur la piste de Ain Diab par le vent du large, ce sont des souvenirs quasi post-utérins qui remontent, flashes rouges émis par les Ferrari, les seules auto dont je me souvienne lors du Grand Prix du Maroc 1957, hors championnat mais nullement sans saveur. Vision au ras du sol, comme filmée par Walt Disney lorsqu’il s’adresse aux enfants. Huit ans plus tard une jambe cassée m’envoyait au lit et je dois à la couverture du Sport-Auto de juin 1965 – Jean Guichet sautant dans sa Ferrari 275 P -, que m’avait offert une voisine pour me distraire, ma première vraie émotion automobile à l’état conscient.