Grand Prix Monaco historique 2014

par | 21 Mai 2014 | 20 commentaires

Un dilemme que de vous imposer ces réflexions. En partagerez vous certaines ? Sur le chemin de Monaco – qui a dit Compostelle ?!… –  le doute m’a envahi. Comme tous les deux ans je m’étais mis en route pour une manifestation « historique ». Un esprit cynique ou envieux pourrait évoquer à ce sujet, un rassemblement de vieilles voitures, pilotées par des manches qui jouent avec leur argent, devant des gogos ramollis par les années et la nostalgie de ce qui n’est plus…

Olivier Rogar

Légitimité

grand prix historique de monaco 2014,gphm,monaco,olivier rogarEt,  me disais-je, si ne demeuraient que les courses « historiques »,  que verraient nos petits enfants – et oui , je suis heureux de pouvoir y penser désormais –  dans vingt ans ? Des courses historiques de courses historiques ? « Le Grand Prix Historique de Monaco Historique » ? Mise en abyme de palais des… glaces. Car enfin, si nous allons voir ces courses, c’est bien parce que les « vraies » compétitions nous ont marqués et que la mise en scène commémorative ne vaut justement que par ce à quoi elle rend hommage.

Mais l’évolution de la technologie rend la mise en oeuvre de F1 modernes si contraignante qu’elle confine à l’impossible. Sauf à être constructeur. Il est donc probable que les plateaux futurs s’arrêtent, comme c’est le cas aujourd’hui, juste avant la généralisation des moteurs « Turbo ». Soit la fin des années 70.  Mais dans deux ou trois décennies qui portera encore le souvenir de cette époque ?  Est-ce à dire que les courses historiques de F1 feront définitivement partie du passé ?

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Vous me rétorquerez avec bon sens que les courses de Bugatti, Era, Alfa Romeo font référence à un passé de plus de quatre vingt ans et qu’elles sont plus appréciées que jamais. Tout comme les joutes équestres moyenâgeuses du « Puy du Fou ». Avec le temps la passion sportive cède la place au goût pour le spectacle…grand prix historique de monaco 2014,gphm,monaco,olivier rogar

Courses

Bien que modifié, modernisé, abondamment garni de tribunes, le circuit de Monaco s’étire depuis 1929 sur les mêmes rues, entre Rascasse, Ste Dévote, Casino, Portier et Bureau de Tabac, le long du port et de la méditerranée. L’écrin est à la hauteur de la réputation des lieux. Nulle part ailleurs peut-on être plus proche de la piste. Unique possibilité de profiter de la diversité des formes des voitures, de leur esthétique pure et agressive ou du son de leurs moteurs. Quatre, six, huit cylindres en ligne, en V, V12, Flat 12 et même V16 Auto Union ou V6 Turbo…

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On frémit à la sensibilité de certains trains avants qui à l’amorce d’un gros freinage bloquent leurs pneus dans un mélange de fumée, de crissements et d’odeurs dont on a rarement l’occasion d’être témoins. Un violent changement de vitesse accompagné d’un coup de gaz rauque a précédé. Et comme si c’était au ralenti, notre rétine découpe la séquence en autant d’instantanés que les cisaillements plus ou moins amples, plus ou moins vigoureux, plus ou moins fins, donnés par les bras sortis des pilotes à leurs volants de bois et de métal.

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Les voitures sont des merveilles, mais parlons des conducteurs… Image répandue : plutôt âgés, bedonnants, hésitants, jouant avec des jouets de – riches – adultes. On ne peut pas dire que ce ne soit pas du tout cela, mais on est loin de cette image dévalorisante. Ces concurrents imposent le respect. Ils permettent à un patrimoine d’être entretenu, valorisé, utilisé, partagé. Ils rendent ce patrimoine vivant. Et ils se prennent au jeu avec talent. Je dirai que la moitié au minimum de chaque plateau est composée de compétiteurs qui se donnent à fond, nous montrent qu’il est possible de doubler à Monaco, même si cette année, il y a quelques fois où «  ça passait pas ». Deux signes qui ne trompent pas : le plateau F3 comptait aux avants postes Paolo Barilla et Tiff Needell. Course somptueuse dont Barilla sortit vainqueur, le plateau F1 jusqu’à 1978 a vu le futur vainqueur, Michael Lyons qualifier son Hesketh 308 E avec un temps qui lui aurait valu une 12e position sur la grille de départ de 1977. Soit 1,7 seconde plus vite qu’à l’époque. Donnée très relative, je le concède, mais c’est du sérieux. Ce pilote de 23 ans s’illustre par ailleurs en GT.

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Ambiance

Tribunes pleines, rues vides et ambiance sereine. Est-ce dû à l’aura de Monaco ou à l’absence de publicité sur la plupart des voitures ? Ou bien au fait que si publicité il y a, elle est « d’époque » et incite plutôt à jouir ( Martini, Penthouse, Durex..) de la vie ?

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Alors que la journée de course touche à sa fin, vous pouvez déambuler dans le paddock. A l’exception du dernier plateau de F1, vous y verrez toutes les voitures qui courent confiées aux soins de leurs mécanos, amateurs ou professionnels. Comme la redoutable équipe Lotus Classic qui outre les magnifiques Lotus 25, 33, 49 et 72, s’illustre par la présence de Mr Bob Dance, l’ancien chef mécanicien de Jim Clark. Il fête ce jour là ses 80 ans avec une bonne journée de travail ! « Still on duty » .

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« Is this man Bob Dance ? » « Yes, he is our motor racing legend at Lotus » me répond un mécanicien. « Mr Dance, puis je vous photographier ? La dernière fois que je l’ai fait, c’était en 1979, vous testiez Nigell Mansell au Paul Ricard ».  «Oh oui je me souviens très bien, nous avons testé sept ou huit pilotes ! Ca fait longtemps ! » Un mécano nous photographie, nous discutons. Je le quitte en le remerciant pour ce qu’il a fait pour le sport automobile. « Si les gens sont contents je le suis également ». Plus de soixante ans de sport automobile en un seul homme…

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Sens 

Une petite mousse au « Stars and Bars » avec les copains pour nous remettre de nos émotions. Je vois des gilets de journalistes accrédités partout. Mais combien sont-ils ? 640 cette année ! Incroyable. Tout le monde s’intéresse à la F1 historique lorsqu’elle est à Monaco. Beauté, talent, proximité, spectacle. Manquerait-il certains ingrédients à la F1 moderne pour qu’autant de médias, de pilotes, parfois très jeunes, et de spectateurs se tournent vers une histoire qui nous parait plus simple, humaine, proche ?

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N’ai-je pas lu quelque part que Bernie Ecclestone lui-même avait l’idée d’organiser des courses de F1 historiques en lever de Grands Prix avec leurs anciens pilotes ? Aveu implicite  que la F1 moderne, malgré le talent de ses pilotes, avec sa technologie hyper sophistiquée, ses formes qui n’ont plus rien d’esthétique, ses performances relativement médiocres et son lot d’artifices propres à permettre le spectacle, est finalement en quête de sens ?

Photos @ Olivier Rogar

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20 Commentaires

  1. Hesnault Francois

     » Pour savoir o’u je vais, j’ai besoin de savoir d’ o’u je viens »

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  2. Jean-Marie Biadatti

    Merci pour ce beau billet qui reflète parfaitement ce que je pense également. Par contre, espérons que Mr E ne mettent pas en oeuvre son idée de GP Historique en levée de rideau des GP F1… il a tellement tendance à verrouiller les choses… 😉

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  3. Philippe Vogel

    Bien vélocement ! Philippe Vogel auteur et éditeur de « Privé de gloire » (ouvrage épuisé)

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  4. Pierre Ménard

    Le succès de l’historique, et des interrogations corrolaires sur l’intérêt de la course actuelle, n’est pas restreint au sport automobile : lorsqu’à Roland garros, on programme sur le n°1 un double McEnroe-Wilander contre Noah-Barami (au hasard), le cours refuse du monde. On a même vu récemment un central où s’affrontait deux artilleurs modernes déserté au profit du cours annexe où s’exprimaient des artistes. Le débat sur une certaine aseptisation du sport moderne dans son ensemble est ouvert.

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  5. Claude Dubois

    Cordialement Claude

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  6. Philippe ROBERT

    moi j’aimerais bien tourner avec une F1 dans les rues de Monaco, je ferais des temps de burne mais je m’amuserais bien quand même !

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  7. Turuban

    A nous écouter nous lamenter sans arrêt « c’était mieux avant » que dirions-nous du tennis de boom-boom Becker, de Rod Laver ou de Pete Sempras ?

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  8. Michèle Turco

    Merci Olivier…comme chaque fois tu nous transportes avec toi et nous fais vivre par procuration les émotions que tu as ressenties. Ce partage est agréable; pour ma part il me fait du bien…Cette année il m’était difficile de me rendre à Monaco,or j’ai l’impression d’en savoir plus que si je m’étais déplacée. Belles émotions procurées par de beaux gestes, de beaux « racers », de belles voitures…mais pas que ! La simplicité, la passion, le plaisir sont omniprésents et c’est parce qu’elles nous semblent accessibles aussi que nous aimons tant ces émotions des « anciennes »; nous ne sommes pas exclus du plaisir, nous en faisons partie intégrante et pouvons nous identifier; il ne s’agit pas de nostalgie triste, bien au contraire…il s’agit du bonheur de continuer à vivre malgré les années et le progrès, des sensations fortes dans leur humanité et leur authenticité. Merci Olivier de nous avoir transmis ces émotions.

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  9. René Fiévet

    Voici pourquoi « c’était mieux avant. »

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  10. René Fiévet

    Comment ai-je pu oublier Pironi, autre puissante personnalité, dans la liste que je viens de fournir dans mon précédent message?

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  11. Johnny Rives

    J’ai fait suivre le beau texte d’Olivier Rogar à l’ancien pilote de course Philippe Vidal parce qu’il est très attaché à la personne de Bob Dance qu’il a connu en accomplissant une stage de mécano chez Lotus. Philippe me répond, à propos de la nostalgie qui émane de ce texte et que nous, les « anciens », ressentons tous à différents degrés: « Les voitures vont rester, les gars non. » Philippe touche ici du doigt ce qui est sans doute le plus dur à supporter quand on aborde des sujets aussi sensibles que le passé.

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Olivier Rogar Santoni
« Petrol head » ? D'aussi loin que je me souvienne, l’automobile m’a toujours fasciné. Les tacots, le Pub Renault, Saint Antonin à Aix en Provence et enfin le Circuit Paul Ricard, m’ont fait passer de Sport-Auto à Auto-Hebdo et l’Equipe. Attrait pour les protos du Mans et les CanAm d’abord. Puis la F1 au cours de cette incroyable saison 1976. Monde aussi inaccessible que fascinant que j’ai fini par tangenter en 1979-80 au Paul-Ricard puis en Angleterre. Quelques photos m’ont amené à collaborer à «Mémoire des Stands» puis, à sa disparition, en 2012, à créer Classic Courses. Je trouve dans le sport automobile les valeurs de précision, d'audace, de rapidité dans la décision dont la maîtrise pimente une vie active.