Le Tour Auto. L’idée d’y lancer les Matra du Mans était pour le moins osée. Et si le pari fut technique il était l’initiative des communicants. Les uns se plièrent aux idées des autres en mettant tout en oeuvre pour que l’opération soit un succès.
Rien n’était évident. Pourtant les Matra l’emportèrent. Une fois sous les couleurs Elf en 1970. Une fois sous celles de Shell en 1971. Mais qui remarqua ce changement ?
Olivier Rogar
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Fin de contrat
Comme on l’a évoqué, l’accord Elf – Matra (1967-1970) a pris fin au terme des quatre années prévues car Matra s’était rapproché de Simca – Chrysler pour motoriser ses voitures de route, les 530 et les futures Bagheera. Il y avait donc pour Elf un conflit d’intérêt entre Matra-Simca préconisant Shell d’un côté et Renault, préconisant Elf, de l’autre. L’accord ne fut donc pas prolongé.
Une saison 1970 en demie teinte
La saison 1970 n’avait d’ailleurs pas été extraordinaire, surtout si on la comparait à 1969.

Devant la ferme décision de Matra de développer sa Formule 1 autour du V12 maison, exclusivement, Tyrrell avait opté pour les châssis du nouveau constructeur anglais March. Avec son V8 Cosworth, la March 701 fut acquise par nombre d’écuries. Un vrai succès commercial. Mais il fallut la maestria et le talent de Stewart pour lui offrir sa seule victoire de la saison, à Jarama, lors du GP d’Espagne. Devant les difficultés à faire évoluer ce châssis , Tyrrell se mua à son tour en constructeur et en cours de saison la Tyrrell 001 était en piste.

Elf était le sponsor titre de l’écurie Tyrrell Racing Organisation et comme cela allait souvent être le cas par la suite, avait fait le nécessaire pour que l’un des pilotes soit un des membres de la «Maison». Johnny Servoz-Gavin accompagnait donc Jackie Stewart dans cette nouvelle aventure avant son spectaculaire renoncement au sport automobile dans les heures qui suivirent le GP de Monaco. Un autre Français lui succéda, François Cevert. On en entendrait parler.
Comme constructeur March fut classé 3e au championnat tandis que Stewart était à la 5e place. Chez Matra, les MS120 aux couleurs Elf furent pilotées par Jean-Pierre Beltoise et Henri Pescarolo. L’écurie fut classée 7e au championnat.
Une idée marketing
Pour l’Adieu à Matra, les gens de Elf convainquirent Lagardère de lancer les protos du Mans sur les routes de France. C’est de cette manière que les Matra 650 firent sensation au Tour de France Auto 1970. Sur les circuits, il n’y avait rien à faire pour les Matra face aux Porsche 917 et aux Ferrari 512. En revanche l’idée de les engager au Tour de France Auto, face à des GT, fut une idée de génie marketing !

A ce sujet, on se doit de citer l’ingénieur Gérard Ducarouge, interviewé il y a quelques années par Jean-Paul Orjebin : ( Dont vous pouvez lire la passionnante interview ici : Gérard Ducarouge par Jean-Paul Orjebin)
Jean-Paul Orjebin : Quel a été le moment le plus exaltant chez Matra ?
Gérard Ducarouge : Il y en a eu beaucoup, les grandes victoires au Mans, dans le championnat du monde sport proto. Mais je vais sans doute vous étonner, ce qui m’a marqué vraiment très fort, c’est lorsqu’on m’a dit : « On fait le Tour de France Auto avec deux 650, à toi d’organiser tout ça ». J’ai cru à une farce ! Là je me suis pris la tête ! Ça n’avait pas grand-chose à voir avec la course telle que je la connaissais. En plus de suivre les modifications des M650 pour loger le copilote, les éclairages supplémentaires, le refroidissement moteur et toutes les protections nouvelles pour ce genre d’aventure, il fallait organiser toute l’assistance avec les camions et les différentes voitures break. Chaque équipe avait sa propre feuille de route étape par étape qui détaillait ce qu’elle avait à faire, quand et où, presque à la minute près.
Pour la fiabilité, on avait fait baisser les régimes moteur, mais quand même, c’était très risqué, heureusement, on avait des grands bonhommes au volant et de très bons en copilotes. Il fallait tout contrôler à chaque étape parce que l’on avait peur des chocs sous la voiture, c’était des conditions beaucoup plus complexes que du celles du circuit classique et même après voir bien remonté les suspensions, la garde au sol n’était malgré tout pas très élevée.
Il fallait que l’assistance se déplace à des vitesses de fou, c’était dangereux, d’autant plus que l’on dormait très peu, il y avait des véhicules « volants » avec le minimum d’outillage pour dépanner en urgence entre deux points d’assistance. À l’arrivée à Nice, on était tellement fatigués que l’on avait de la peine à exprimer notre énorme plaisir. C’était une aventure incroyable, on a gagné avec des autos absolument pas conçues pour rouler sur les routes et on a gagné deux années de suite grâce à nos supers pilotes et copilotes et à une équipe d’assistance de rêve. Quelle aventure !!

Jean-Marc Chaillet
« Un formidable Paris est engagé par les équipes Matra Elf en septembre 1970 : mettre sur la route les protos du Mans et leur faire gagner le Tour de France ! Qu’on en juge, 4500 km de route de toutes sortes, 1250 km d’épreuves spéciales, 9 circuits, 9 courses de côtes sont au menu en 8 jours.
Une homologation temporaire permet d’obtenir l’immatriculation obligatoire. Les Matra 650 sont pilotées au départ par Depailler et Jabouille. A Pau, Beltoise et Pescarolo prennent le relais. Un certain Jean Todt navigue Depailler puis Beltoise. Johnny Rives est aux côtés de Jabouille puis de Pescarolo. Une logistique impressionnante est mise en place pour l’assistance dirigée par Gérard Ducarouge. À l’arrivée, l’équipe Matra Elf fait 1 et 2. Francis Chopy titre dans Sport-Auto ; « Un tour en bleu ». La foule qui se pressait tout au long des 4500 km du parcours fit un accueil délirant aux deux Matra 650. La grande victoire revient surtout à toute l’équipe Matra Elf. Pourtant, ce ne fut pas une partie de plaisir !François Guibert décide d’exploiter cette performance. Des annonces grand format paraissent dans la presse quotidienne. Nous savons que Shell va prendre le relais dès l’année prochaine auprès de Matra. Il s’agit d’enfoncer le clou une dernière fois et d’ «empoisonner» cette succession !«
Un impact durable
Jean-Marc Chaillet
« Si fin 1970, 57% des 20-24 ans cite spontanément Matra Elf (72% des cadres supérieurs et professions libérales), preuve que la notoriété est à son maximum, les études faites tous les ans nous montreront par la suite combien l’impact de l’équipe Matra Elf ne se démentit pas.
En 1973 un automobiliste sur trois cite Elf spontanément, quand on demande d’évoquer les traits marquants du sport automobile français. Un automobiliste sur trois croit que l’équipe Matra Elf existe toujours.
Et Elf est classé comme le pétrolier le plus dynamique, celui qui fait le plus profiter l’automobiliste des retombées techniques de la compétition. Trois ans après la fin de notre partenariat !«

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Une de mes photos préférées. Un souvenir inoubliable.
Johnny Rives comme je te comprends, magnifique
Johnny Rives une aventure comme ca avec des potes c’est génial !
Tour Auto 70/71 Matra. Quels souvenirs extraordinaires! Quand je lis le possible renoncement des moteurs Renault F1, l’Etat est actionnaire de la Régie. Va t-il réagir?
Les autres équipages nous jalousaient et cela avant même le départ qui avait eu lieu à Bandol. La raison est toute bête: les caméras de télévision n’en avaient que pour les Matra. Celles-ci faisaient sensation auprès du public qui voyait des voitures des 24 heures du Mans passer au pied des maisons dans les endroits les plus retirés. Jean Ragnoitti qui faisait le Tour sur une Opel m’avait raconté que lorsqu’il arrivait à un contrôle routier, le public se désintéressant de sa propre course l’interrogeait: « Elles sont loin les Matra? Elles arrivent dans combien de temps? » De quoi faire bisquer les pilotes des Porsche (Larrousse, Wollek, Ballot, Chasseuil) qui étaient nos rivaux les plus proches avec Greder (Chevrolet Corvette). Tous finirent par nous rendre un bel hommage pourtant quand après l’arrivée de la course de côte du Ventoux, ils parquèrent ensemble leurs voitures pour aller en surplomb des derniers lacets admirer une dernière fois ces Matra qui les avaient tant enquiquinés peu avant l’arrivée à Nice. Un souvenir magnifique. J’étais tellement fasciné par ce qu’avaient réussi nos exceptionnelles machines que j’avais eu cette idée: « Et si on remontait de Nice à Paris par l’autoroute? On pourrait le faire à 250 km/h de moyenne soit en moins de quatre heures… » A l’époque il n’y avait pas de limitation de vitesse. L’idée avait plu à Henri Pescarolo qui l’avait soumise à l’ingénieur Georges Martin, patron de l’équipe Matra sur le terrain. La réponse avait été instantanée: « Non, pas question! «
Quelle époque bénie et quel engouement du public qui formait une haie d’honneur au passage des bolides dans le moindre village ! Les spectateurs (réveillés) levaient les bras, hurlaient les noms des pilotes, les flashes crépitaient. Une grande aventure automobile que j’ai suivie pour le plaisir, après l’abandon à BARCELONE de notre Commodore, partagée avec Franc ALESI, le Papa de Jean. L’idée de remonter par l’autoroute était un peu folle et trop risquée, mais après tout, à la belle époque du MANS, les écuries Britanniques rejoignaient bien la Sarthe par la route comme ultime test de terrain…Toutefois, je pense que les mécaniques et les hommes avaient fournis l’effort maximum et n’avaient plus rien à prouver. Encore un grand bravo pour cette exploit qui s’inscrit dans les annales du sport automobile au meme titre que MOSS/JENKINSON aux Mille Milles.
Pour les avoir vu passer à Ebreuil (03) à un contrôle de passage en 70 où je mettais rendu depuis Vichy en Solex (!!), puis les avoir vu encore mieux en 71 lors de l’étape de Vichy où on pouvait entrer dans le parc fermé librement (j’ai des photos des Matra et de la Ferrari 512M bâchées pour la nuit simplement), surtout ce qui fascinait, c’était la mélodie du V12.
J’étais au lycée en cours le lendemain matin, et à l’autre bout de la ville, à l’heure où elles sont parties. On a entendu les V12 démarrer…….., le prof ne comptait plus !
Jolie melodie…
Pesca n’aurait il pas pu sourire comme les 3 autres ? Là on a vraiment l’impression qu’il » fait la tronche » . Je me demande bien pourquoi .
Je me souviens du Tour Auto 1970 et d’une étape faisant escale à Metz où nous habitions. Mon père nous avait accompagnés mon frère et moi tôt dans la matinée, sur l’ère d’assistance située derrière la gare pour admirer ces magnifiques autos. En tant que jeune collégien passionné de sport automobile, j’avais été impressionné par les Matra bien sûr, mais aussi la Porsche Meznarie jaune de Gérard Larousse et la Chevrolet Corvette d’Henri Greder notamment. Et tous ces pilotes de légende qu’on voyait en vrai. Quelle belle époque !
Evidemment, il fallait lire « aire » et non « ère ». Désolé.
Septembre 1971, Reims était ville étape pour le Tour de France Auto avec l’assistance sur la place des Halles du Boulingrin où, tout jeune étudiant de 17 ans, je m’étais rendu pour admirer ces monstres qu’étaient les Matra 670 comme la Ferrari 512 M, un souvenir inoubliable, et les revoir un mois plus tard sur le circuit de Montlhéry à l’occasion des 1000 KM semblait presqu’irréel