« Le véritable adversaire ce n’est pas la concurrence. C’est le temps. » C’est par ces mots que Jacky Ickx a conclu notre entretien, à quelques heures du départ des 6 Heures de Spa 2026. Le temps qui passe, voulait-il dire, et qui peut faire croire que le sport automobile moderne a moins de valeur qu’autrefois. Jacky Ickx refuse pourtant ce piège nostalgique : « l’arbitre de ce sujet, c’est le spectateur ».
Bertrand Allamel
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Photo Andrea Lorenzina / DPPI © FIAWEC
Emerveillé par les images des tribunes pleines d’une foule enthousiaste qui défilent derrière nous sur l’écran de l’hospitalité Genesis, l’ancien pilote belge, aujourd’hui ambassadeur du constructeur coréen, poursuit : « Je suis un admirateur total de la passion éternelle pour les constructeurs, qui, avec les ingénieurs et les mécaniciens font de ce sport ce qu’il est depuis 100 ans. Mais c’est le spectateur qui lui donne sa légitimité. S’il n’y a personne dans les tribunes, il n’y a pas d’événement. Ce qui compte aujourd’hui, c’est qu’on est en 2026, et que la passion et les spectateurs sont toujours là. Je vis le présent, je ne suis pas nostalgique.»

Endurance dynamique et intemporelle
A Spa, justement, le public est partout. 101 000 spectateurs ont convergé ce week-end vers le toboggan des Ardennes. Dans les tribunes naturelles du Raidillon, le long de Kemmel ou dans les fan zones du paddock. L’endurance moderne ressemble moins à un vestige du passé qu’à un sport vivant, capable de rassembler des marques, des générations et des imaginaires très différents. Record d’audience, plateau qui fait le plein des constructeurs engagés. Jacky Ickx a raison, l’endurance moderne est un sport vivant. La vitalité du WEC s’est confirmée sur la piste, avec une course animée, des bagarres, des tensions jusque dans les dernières minutes, et plusieurs basculements de rapports de force improbables.

Première victoire BMW, construite sur le temps long
Un doublé finalement éclatant qui s’est pourtant construit en toute discrétion aussi bien sur la durée de l’engagement du constructeur bavarois, que sur la durée de la course elle-même : BMW n’a pas crevé l’écran durant la première moitié de la course, au contraire de Cadillac et d’Alpine qui semblaient solides, agressives et en maîtrise.
Les deux BMW, la #20 pilotée par Frijns, Van der Linde et Rast, et la #15 (Vanthoor/Marciello/Magnussen) réalisent un prestigieux doublé. Pourtant, on a vu pendant longtemps la Cadillac #12 (Alex/Will/Norman) dominer et Alpine menacer. On a même cru que Ferrari s’effaçait et que Toyota sombrait.

Photo Julien Delfosse / DPPI © FIAWEC
Et BMW ? Studieuse, appliquée, méthodique. Mais le temps est décidément le véritable adversaire. C’est l’autre sens de la phrase de Jacky Ickx. 6h, l’usure, la fatigue mécanique et humaine, et le trafic : en Endurance, on le sait, la vitesse ne suffit pas, il faut tenir. On a ainsi vu au gré de divers accrochages et sorties de piste occasionnant de nombreuses safety car, des favoris s’effondrer (Peugeot, qui partait pourtant en pole position, Alpine, Cadillac), cependant que Ferrari et Toyota effectuaient une remontée plus en cohérence avec leur niveau.


Croisements de dynamiques impensables en début de course. D’autres concurrents ont surgi, telle l’Aston Martin #007 (Harry/Tom/Ross) qui obtient une très honorable 4e place. Et Genesis, le constructeur coréen débutant, a encaissé et accumulé de l’expérience avec à la clé une encourageante 8e place pour la #17. Jacky Ickx nous disait avant le départ dans le motor-home Genesis : « nous sommes partis d’une feuille blanche il y a 500 jours. Nous sommes en mode « apprendre avec humilité ». Nous sommes prêts pour l’Everest, et j’aime me rappeler la devise de Chung Ju-yung, le fondateur de Hyundai : rendre possible ce qui semble impossible. » Un commentaire lucide et ambitieux, confirmé par le résultat de Spa.

Photo Charly López / DPPI © FIAWEC

Photo Julien Delfosse / DPPI © FIAWEC
LMGT3, élément clé du spectacle
La catégorie Hypercar peut paraître parfois stratégique et moins lisible. La catégorie LMGT3 est plus organique et émotionnelle. Si l’Hypercar structure la course, la LMGT3 la rend vivante, par le trafic occasionné, certes, mais aussi et surtout par ses voitures reconnaissables et proches de l’imaginaire routier, et par ses bagarres permanentes.

Photo Fabrizio Boldoni / DPPI © FIAWEC
La McLaren #10 malchanceuse à Imola a fait une nouvelle démonstration, aboutie cette fois, en partant d’une lointaine 15e place, et en remontant patiemment le peloton pour s’imposer avec autorité. Le podium est complété par l’Aston Martin #27 (Heart of Racing Team) et la Porsche #92 (The Bend Manthey), qui ont détrôné la Ferrari #21 qu’on a cru en lice pour la victoire, avant d’être pénalisée à 15 minutes de l’arrivée pour un « unsafe release ».

Photo Julien Delfosse / DPPI © FIAWEC
Dans un peu plus d’un mois, au Mans, le temps de la course va s’étirer jusqu’à 24h. Une éternité.
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Merci pour ce commentaire dès le lendemain .
Belle course sur un beau circuit fait pour ( contrairement à IMOLA inadapté à mon avis pour ces courses et ces voitures )
Je note la superbe 4ème place de l’ASTON atmo au son fabuleux .
101 000 spectateurs . Grosso modo le meme nombre au Ricard pour le GP historique (vestige du passé ? .
Je lis ici ou là que la BOP (Balance Of Performance) est injuste et que le sport est artificiel.
Je ne suis pas d’accord. Pour deux raisons :
– L’équilibre des forces et la perspective de ne pas avoir une écurie qui domine outrageusement est la condition sine qua non pour que des constructeurs s’engagent. Et c’est le cas.
– il en résulte que des technologies différentes peuvent cohabiter et avoir leur chance de victoire.
Le WEC est probablement le championnat le plus compétitif aujourd’hui en dehors de la F1.
Cette dernière obéit à des contingences différentes. Et l’évolution de sa réglementation l’a transformée en « discipline » sportive avec ses contraintes de gestion des batteries qui la rapprochent d’un spectacle et l’éloignent de la compétition.
Nous trouvons actuellement dans le WEC l’esprit « Classic » de la compétition qui nous plaît ici.
Et bientôt le Mans !