Circuit de Zolder Terlaemen, Heusden Zolder, province du Limbourg, Belgique, le 16 mai 1976
We skipped the light fandango/Turned cartwheels cross the floor… (https://tinyurl.com/5n8a6bk9) emplit l’habitacle de la Chrysler 180 qui taille l’Autoroute du Nord illuminée au sodium. Christian tient le bout de bois, hiératique.
Patrice Vatan
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Symphonie
Innovation majeure : il a adjoint au Wish You Were Here du Floyd, longtemps musique officielle de l’équipage, deux nouvelles cassettes, Nights in White Satin des Moody Blues et ce A Whiter Shade of Pale qui démontrent un goût musical dicté par l’ampleur symphonique avant tout.
A quoi pense-t-il ? J’observe son profil que strie le balayage stroboscopique des lampadaires. Sans doute au tabouret qu’à l’arrivée au circuit il déchargera du coffre et traînera jusqu’au stand Ligier où il sait que son pote Michel, le gars préposé aux pneus, l’aidera à se planquer.
Zolder
Zolder, un lieu qui ne laisse pas conquérir sans résister. C’est d’abord la ville de Liège que les panneaux routiers changent brutalement en Luik, la langue française s’effaçant au profit d’un sabir abscons ; c’est un chef du service de presse aussi compréhensif que le dogue d’un VoPo.
Je suis tiré d’affaire par mon arme secrète, un badge FOCA valid pour 1976, piqué chez Ligier à Jarama.

Ensign et Ligier
Je m’attarde au stand Ensign. La nouvelle création de Mo Nunn est la quintessence de la voiture de course, fine, légère, harmonieuse dont Chris Amon tire le meilleur. Le manque de moyens que symbolise un simple autocollant Valvoline sur le fond rouge de sa robe, ne la rend paradoxalement que plus belle.

L’ami Monceau n’a d’yeux que pour la 26, la Ligier JS5/01 que Laffite a hissée en 3e ligne sur la grille. Et d’éructer sur le fait qu’il va tous les balader sévère demain, en arrosant sa flammekueche d’une rasade de Jupiler samedi soir à l’hôtel restaurant Le Central, place de la République française, où nous avons nos habitudes. Prosit ! cognons-nous en chœur.

Omloop Zolder Terlamen
Une onde de chaleur brouille la passerelle Wildcat jeans and Jacket qui enjambe la ligne de départ. Le cœur s’arrête de battre. Le centre du monde s’arrime ici et maintenant à 15 h au Omloop Zolder Terlamen, départ du XXXIV Grote Prijs van België et 269e Grand Prix du championnat du monde des conducteurs de F1.

On est tous là, à l’extérieur du gauche serré après les stands. L’expression « en prendre plein la gueule » n’est qu’un doux euphémisme pour décrire la ruée hors norme sur nos frêles silhouettes 26 monoplaces de 500 chevaux que seule l’adresse phémonale de leurs pilotes empêche d’exploser les unes contre les autres.
Les photographes shootent au jugé, les autres gravent la scène en eux pour la ressusciter dans 50 ans.

Lauda, Hunt, Regazzoni, Laffite, Brambilla, Depailler et les autres virent devant nous, suivi d’un long miaulement mécanique constitué de V8 Cosworth, de 12 cylindres Matra, Ferrari, Alfa-Romeo.
Surchauffée, l’ambiance du retour
Christian lève les bras au ciel pour la 4e victoire de Lauda cette saison, mais pour ce solide serrurier l’essentiel est que Ferrari gagne. Quant à Gilbert Monceau, la superbe 3e place arrachée par son Jacquot personnel le porte au nirvana.
Puis, plus tard : « Patrice, je vais à Salzbourg F2 le week-end prochain avec Clavier dans sa 204, tu viens ? »
Cette Ensign pilotée par cet illustre futur retraité au casque mythique est en effet magnifique …
Patrick Tambay avait débuté sur cette voiture en 1977. Il me disait que c’était un vrai kart. Légère. Agile. Performante.
Sur une demie saison il avait marqué à 3 reprises. 5 points au total. Ex æquo avec le très expérimenté Clay Regazzoni sur la même auto. (Et toute la saison pour ce dernier).
Oui, cette voiture était simple et bien conçue. Dans un top team comme Lotus ou McLaren, elle aurait gagné des courses. Je l’avais d’ailleurs incluse il y a un an dans la revue des « F1 qui auraient pu », réalisée avec Pierre Ménard : https://classiccourses.digisense.net/ces-f1-qui-auraient-pu-1ere-partie/
Merci à Patrice Vatan, dont je lisais les articles dans Autohebdo à cette époque, pour ces récits emplis de l’ atmosphère de ces années-là.
Et merci à toi, Olivier, pour ce témoignage de Patrick Tambay concernant l’ Ensign. Je me souviens en effet de cette brillante demi saison 1977 , 1 point dès son deuxième Grand Prix , une qualification en 4eme ligne en Autriche et une autre course magnifique à Zandvoort, entres autres réussites. C’ est très interessant de savoir quel était son ressenti à propos du pilotage de cette voiture.