Brands Hatch Circuit, Fawkham, Kent, UK, le 14 mars 1976 – Un quarteron d’hommes à longue focale truste l’entrée de Paddock Bend, abrités derrière la fascine en bois qui en ceint l’extérieur : Akira Mase, Rainer Schlegelmilch, David Phipps, Arthur Thill.
Un cinquième s’est invité à cette grande claque dans la gueule qu’est le départ de la Daily Mail Race of Champions, votre serviteur, rien dans les mains, rien dans les poches sinon un brassard Photographer Track & Pits délivré par l’avisé Graham Macbeth, press officer du BRSCC.
Patrice Vatan
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Durex lex sed lex
Au baisser du drapeau à 2.30 PM, Gunnar Nilsson sur sa Lotus 77 surgit de la deuxième ligne pour prendre la tête devant Niki Lauda qui étrenne la nouvelle Ferrari 312 T2, suivent Alan Jones qui pilote la Surtees du scandale, la nouvelle TS19 aux couleurs de Durex, un fabricant de préservatifs, que la BBC refusa de montrer avant de revenir à la raison, puis Jacky Ickx sur Williams FW05 et John Watson, Brabham BT 44.
Ensuite un peloton compact de furieux dévale le court bout droit au nom évocateur de Pilgrims Rise menant à Druids Bend dans un grondement apocalyptique, vaporisant dans leur sillage une bruine traîtresse.

Gunnar Nilsson-Niki Lauda-Alan Jones-Surtees TS19 – Alan Jones – Brands hatch Race of Champions 1976 © Martin Lee, CC BY-SA 2.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0>, via Wikimedia Commons
Inn of the lake
Nous embarquions vendredi matin dans la Chrysler 180 de Christian Bon à destination du ferry Calais/Douvres. Nous : Christian Bon, Martine Deldyck (que sa connaissance de la langue de Jochen Mass rend précieuse à Hockenheim ou au Ring, détail accessoire ce week-end), Guy Royer et moi. En prenant possession de nos chambres au Inn of the Lake de Gravesend, à deux portées de fusil du circuit, nous laissions enfin derrière nous l’interminable tunnel hivernal.
Un havre de paix bucolique cet Inn of the Lake, avec sa mare à sauvagine s’étendant au pied des chambres. On guette des news de Brands Hatch mais tant ITV que la BBC n’en ont que pour le vote du budget du Premier ministre Harold Wilson accepté de peu.
Jones en tête
Premier tour. Jones et sa Durex Surtees passent en tête, « pourvu qu’il ne capote pas » hurle Guy Royer qui m’a rejoint.
Le solide Breton, qui associe un humour très personnel à un talent indéniable de photographe du dimanche, a fixé hier les nouveautés mécaniques de ce début de saison afin de les proposer à AUTO hebdo : aileron arrière de la Lotus 77 de Nilson emprunté à la 72 ; nouvelle suspension avant pour la Williams FW05 ; cliché de la Ferrari 312 T de l’écurie Minardi confiée au rookie Giancarlo Martini qui sortira dès le tour de chauffe à Clearways (en arrière-plan cet étrange personnage au teint bistre, long manteau noir, attaché-case à bout de bras, qui traversera nos dix ans de Grands Prix en gardant son mystère).

Surtees TS19 – Alan Jones – Brands hatch Race of Champions 1976 © Martin Lee, CC BY-SA 2.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0>, via Wikimedia Commons
Auto Hebdo
Demain matin, Guy filera au 7 rue de Lille, pointera son nez au bureau d’Etienne Moity, j’ai des photos des Champions, Moity : faites-voir… dix secondes… grognement qu’on peut traduire par ok… Z’allez pas à Hockenheim le 11 avril ?
Le nom de Royer dans le numéro 6 de l’Hebdo sera le premier des nôtres à y apparaître.
Le ferry n’attend pas
Hunt a débordé Jones à l’extérieur de Dingle Dell. Il lui reste 20 tours avant d’être salué en vainqueur par les klaxons des automobiles parquées dans la superbe arène centrale.
Anticipant cette victoire du grand James, Christian nous attend depuis quelques tours à sa Chrysler. Nous sommes convenus d’un « giclage au drapeau », l’équivalent automobile mais légal du resto-basket, par ailleurs également pratiqué par un de nos amis, président de club de pilote bien connu.
Le ferry du retour n’attend pas.



C’est la première fois que Patrice Vatan repère la sorcière aux dents verte déguisée en commissaire de piste… Heureusement elle gicle le plus souvent bredouille au drapeau à damier façon « resto-basket ».
Je trouvais superbe cette Lotus 77 à l’allure plongeante et innovante. Hélas vite abandonnée pour un retour à la 72 car inefficace ! À noter les freins avant plus dans les roues mais pas vraiment in-board comme sur la 72.
Des photos de ce mystérieux personnage ?
Un retour à la 72, en 76 ? Vous êtes sûr ? Vous ne confondriez pas avec la 76 (alias JPS 9) de 74, qui était belle, mais effectivement inefficace ? La 77 n’était pas si mauvaise puisqu’elle a fini par valoir la victoire à Andretti au Japon.
Oui merci d’avoir tout remis dans l’ordre, j’avais confondu avec la 76, encore plus belle et trop innovante pour être efficace.
Que les f1 de ces années étaient belles st si faciles à reconnaitre pour les spectateurs , vu leurs formes différentes et leurs sublimes décos . Evidemment et hélas , on ne risque pas de voir en 2026 : une F1 alcoolisée au Martini , une autre fumant du JPS et encore une se préservant du risque de maladie .
Heureux d’avoir vécu ces allées là .
50 ans après, Guy Royer capote encore…sa Mercedes SLK , en Bretagne c’est nécessaire.
Watson sur Brabham? C’ etait avant … te apres!
En effet Watson pilotait la Penske en 76.