Volant Marlboro

Volant Marlboro 1984 : Jean-Marc Coudraie au 1/100e de seconde

par | 9 Avr 2024 | 19 commentaires

Vingt destins à écrire

Au petit matin du 20 octobre 1983 le jet d’affaires qui transporte John Hogan (1), Bernard Giroux (2), Bob Wollek et Alain Prost se pose à Limoges. Les quatre hommes s’engouffrent dans un taxi direction La Châtre. « Mais c’est à 200 km ! » s’étouffe le chauffeur. Débarquement. Direction l’avion. Le pilote aurait dû se poser à Châteauroux. Un saut de puce leur permettra d’être à l’heure pour la finale de « Marlboro cherche son pilote ».

Olivier ROGAR

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Marlboro et leurs pilotes

Ils sont attendus par les co-Présidents du jury : Jean-Pierre Beltoise et Hugues de Chaunac (Oreca) et les douze finalistes des sélections Marlboro. Celles-ci ont débuté sur les plages françaises pendant l’été. Des dizaines de milliers de stickers Marlboro ont été distribués. Certains gagnants. Ils permettent alors de participer aux présélections du volant éponyme. Tout comme les encarts disponibles dans la presse spécialisée. (Echappement).

La manifestation existe depuis 1980. Elle a permis successivement à Perrier, Michel Ferté et Duqueine de démarrer en production. Mais pour 1983, Marlboro a mis les petits plats dans les grands. Deux pilotes ont été sélectionnés pour une saison en Formule Renault Turbo au sein d’une écurie managée par Oreca.  Ce sont Pierre-Henri Raphanel et Yannick Dalmas. Le format 1984 est ramené à un seul lauréat, sachant que le mieux classés des lauréats 1983 continuera dans la même écurie.

L’opération est d’importance. Le ban et l’arrière-ban des pilotes Marlboro français sont présents. Michel Ferté, Alain Ferté, Yannick Dalmas,  Pierre – Henri Raphanel, Jean-Louis Tournadre, le champion moto, Claude Ballot-Lena, René Metge, Bob Wollek, Dany Snobek, Alain Cudini, Philippe Alliot, Didier Pironi, Patrick Tambay, Alain Prost et d’autres encore.

Volant Marlboro
G.Gaigneau – Dany Snobek – X – PH Raphanel – Ph Alliot – M.Ferté – C. Ballot Lena – Yannick Dalmas – René Metge Volant Marlboro 1983 © Olivier Rogar – Classic Courses

Prost et Tambay : la croisée des chemins

Prost

L’arrivée de Prost a provoqué un certain émoi chez les journalistes et observateurs. Au silence a succédé un mouvement d’ensemble vers l’intéressé. En effet si le pilote a les yeux rouges de fatigue, il les doit à cette nuit qui vient de s’écouler sur les bords du paisible lac Léman. Nuit qu’il a passée dans une salle de réunion de Marlboro Europe. John Hogan, Ron Dennis, Julian Jakobi et un avocat anglais ont finalisé avec lui les conditions de son arrivée chez McLaren. Jusqu’à 3h05 du matin. Avant de passer le relai à un cabinet d’avocats britannique pour le côté formel…

D’aucun aurait parlé de transfert mais ce n’est pas le cas. Prost et Renault ont décidé de cesser leur collaboration. Le 15 octobre en abandonnant sur casse de turbo lors du GP d’Afrique du Sud, le dernier de la saison, Alain n’a pu préserver son avance au championnat du monde. Le titre est allé à Nelson Piquet pour deux points. Deux points que ni le pilote ni son management ( Gérard Larrousse et Max Mangenot respectivement Team Principal et PDG de Renault Sport)  n’ont accepté de prendre à leur charge. La réunion de débriefing qui a eu lieu dès le lundi 17 octobre n’a été qu’un déballage d’incompréhension, de reproches, de rancœur. Les espoirs de 1981 se soldent par une rupture.

Tambay

De son côté Patrick Tambay a signé chez Renault peu de temps après l’annonce de la non reconduction de son contrat Ferrari. Persuadé de faire équipe avec Prost, il vient d’apprendre qu’il n’en sera rien. A plusieurs reprises pendant cette journée on lui trouvera l’air songeur. Les questions sont nombreuses. Deux notamment le taraudent : quel sera son coéquipier ? L’écurie sans Prost sera-t-elle aussi solide ? L’avenir lui apportera les réponses. Son coéquipier sera le meilleur qu’il ait jamais eu : Derek Warwick. Les deux hommes partagent le même avis. Quant à la suite de l’écurie, bien plus tard Patrick nous dira « Mais comment une écurie comme Renault….?  » Laissant sa réponse se perdre dans un songe solitaire….

Volant Marlboro 1983 – H De Chaunac – Patrick Tambay -Alain Prost © Olivier Rogar – Classic Courses
Volant Marlboro
Volant Marlboro 1983 – H De Chaunac – Patrick Tambay -Alain Prost © Olivier Rogar – Classic Courses

Marlboro : Les candidats au volant

Ils sont finalement onze. Lionel Robert est retenu le même jour au Volant ACO-Gitanes qu’il va d’ailleurs remporter. Voilà qui complique un peu les éliminatoires qui fonctionnent comme au tennis.

Les jolies Ford Escort XR3i blanches sont couvertes de rosée. En ce jeudi d’automne, la campagne castraise (3) est nimbée de brume. La température est fraiche. La compétition va donc mettre aux prises les onze pilotes qui se sont déjà entrainés la veille.

Jean-Marc Coudraie 22 ans, de Toulouse, a réalisé le meilleur temps. Il sera donc dispensé des éliminatoires. Ceux-ci verront s’affronter : Jean Alesi, 19 ans, d’Avignon, Didier Artzet, 22ans de Roquefort-les-pins, Christophe Brunis 23 ans, de Pau, Olivier Delaunay 23 ans de Aigurande, Dominique Depons, 20ans de Bordeaux, Philippe Gache, 21 ans, d’Avignon, Laurent Labasse, 21 ans, de  la Gironde, Christian Muratet, 21 ans de Toulouse, Philippe Petrot, 21 ans de Nevers et Pierre Streiff, 24 ans de Grenoble.   

Par petits groupes, entourés de leurs proches ou seuls, ils sont désormais livrés à eux-mêmes. On ressent leur concentration. Avant que les moteurs ne vrombissent , pas un bruit côté piste.

Pironi, Ferté, Alliot et Streiff encore dans l’inconnue

Didier Pironi

Côté stands il en va autrement. Comment ne pas observer Didier Pironi marcher avec ses béquilles. Il a eu son accident quinze mois plus tôt. Il doit d’avoir conserver ses jambes au professeur Letournel. Mais les opérations ont été nombreuses, une vingtaine dit-on. La convalescence fastidieuse. D’autres opérations, des greffes, sont à venir.  Impossible avant celles-ci d’envisager le moindre test en monoplace.

Toute l’énergie du pilote tend vers ce moment. Son corps, sa mémoire de l’accident, lui permettront-ils de retrouver ses performances, son excellence et sa maitrise aux limites de ces missiles que sont devenues les F1 Turbo ?  Quand j’observe son œil vagabonder nonchalamment d’une hôtesse Marlboro à l’autre ou de tout autre jeune femme qui pourrait se trouver dans son champ de vision, je me dis que ce garçon est loin d’être fini pour la compétition. Et le fait est que si la F1 se refusera à ses capacités physiques moindres, il se tournera avec brio et succès vers les courses off-shore. Mais la sorcière aux dents vertes…

Volant Marlboro 1983
Didier Pironi – Jean-Pierre Beltoise © Olivier Rogar – Classic Courses

Michel Ferté

Spontané, sympathique et joyeux. Tel nous est apparu Michel Ferté. Volant Marlboro 1981, il a couru en production avant de passer directement à la F3. Vice-champion de France en 1982, Champion en 1983 avec LA victoire à Monaco. Il vient de signer comme 3e pilote chez Ligier. Mais il ignore toujours qui sera l’équipier de Andréa de Cesaris qui vient d’être titularisé. On parle de Reutemann, de Jarier ou de l’ami François Hesnault, son dauphin en F3.  Ce sera finalement ce dernier. Michel Ferté, lui, ne fera pas de F1.

Philippe Alliot

Il a été champion de Formule Renault en 1978, a fait de la F3 et vient de faire sa première saison de F2 ainsi que les 24 Heures du Mans (3e). Ses projets 1984 ? « Je ne sais pas encore »  nous répond – il.
Il passera deux années en F1 chez Ram Automotive ou March version John Macdonald. Sans grand succès. Au passage il gagnera Spa en F2 pour Oreca. Et évoluera ensuite, toujours en F1,  chez Ligier et Larrousse. McLaren Peugeot le retiendra ensuite mais comme 3e pilote.  Presque dix années de F1 et 25 participations aux 24 Heures du Mans avec plusieurs podiums pour Peugeot on fait de lui une valeur reconnue du plateau.

Volant Marlboro 1983
Philippe Alliot © Olivier Rogar – Classic Courses

Philippe Streiff

Streiff n’est ici visible que pour les connaisseurs. Il n’est pas un pilote de la famille Marlboro. Pilote de F2 chez AGS et 3e pilote Renault en F1. Il est à la Châtre pour voir son frère Pierre participer à la finale. Mais aussi et surtout pour tenter ce qu’il peut chez Renault. Une place est à prendre aux côtés de Patrick Tambay. Il nous l’a raconté :  « Je me souviens avoir pris le train début novembre [ fin octobre ] avec Patrick Tambay pour aller à La Châtre dans le cadre de l’opération « Marlboro cherche son pilote ». Lui, venait de se faire licencier de chez Ferrari. Je lui dis « je sais que tu vas passer chez Renault, mais moi, j’espère bien être titulaire avec toi. Est-ce que tu peux pousser auprès de Gérard Larrousse pour que je sois ton coéquipier ?  » . Il me répond : « le mieux est d’aller chez Gérard Larrousse à Saint Cloud et de négocier en direct ».

Il le fera et continuera en F2 sur les conseils de Larrousse. Ce dernier lui ferra courir son premier GP F1 dès 1984 à Estoril. Suivront des engagements chez Ligier, Tyrrell et AGS. Et un horrible accident au Brésil qui mettra fin à un début de carrière prometteur. Tétraplégique, Philippe s’investira dans la sécurité routière et créera le Master Kart de Bercy où s’affronteront plusieurs années durant les noms le plus célèbres de la F1.

Jean Alesi – Jean-Marc Coudraie et au-dessus du C de Castrol, Philippe Streiff © Olivier Rogar – Classic Courses

Marlboro : Le volant aux deux finales

Eliminatoires

Dès que les éliminatoires commencent, tout va très vite. Le voile qui embrumait le circuit se lève. Le soleil fait d’abord une timide apparition puis la température augmente. Les vestes et blousons sont mis de côté. Tout le monde est en polo ou en T’shirt.

C’est le cas des candidats qui s’affrontent deux par deux sur deux fois deux tours avec échange de voitures. Alesi (3’29’’84) bat Depons ( 3’33’’55), Petrot (3’35’’41) bat Labasse (3’49’’31), Brunis (3’32’’33) bat Delaunay (3’33’’92), Gache (3’29’’65) bat Muratet (3’35’’18), Artzet (3’31’’35) bat Streiff (3’35’’22). Coudraie (3’29’’22) qualifié au temps.

Les plus rapides sont Coudraie, Gache, Alesi et Artzet suivent Brunis et Petrot.

Quarts de finale

Alesi (3’31’’36) bat Petrot ( 3’38’’56), Gache (3’29’’37) bat Brunis (3’32’’69), Coudraie (3’29’’29) bat Artzet (3’31’’05) Repêchage : Artzet (3’30’’48) bat Brunis (3’31’’18),

Les plus rapides sont toujours Coudraie et Gache. Suivent Artzet et Alesi.

Jean-Marc Coudraie © Olivier Rogar – Classic Courses

Demies finales

Maintenant les concurrents vont s’affronter sur deux fois trois tours. Alesi (5’10’’20) bat Gache ( 5’12’’49), Coudraie (5’09’’31) bat Artzet (5’10’’46)

Jean-Marc Coudraie © Olivier Rogar – Classic Courses
Volant Marlboro 1983
Jean-Marc Coudraie © Olivier Rogar – Classic Courses

FinaleS

Alesi , 7e de la Coupe R5 Elf et meilleur débutant a gagné le « Premier pas Dunlop ». Coudraie a déjà figuré dans une finale Motul et effectué deux courses de Formule Renault.

Coudraie (5’07’’68) bat Alesi (5’08’’12).

Le Jury délibère. Alors que le résultat semble ne pas faire de doute, Coudraie ayant dominé tous les éliminatoires, une partie du jury semble ne pas être convaincue et il est décidé de faire recourir la finale.   Sur deux fois cinq tours.  Coudraie a tout à perdre, Alesi tout à gagner. Conserver sa concentration dans ces conditions est un défi.
La morale toutefois sera sauve. Coudraie l’emporte à nouveau. In extremis. Seul un centième de seconde le sépare d’Alesi. (8’26’’38 contre 8’26’’39).

Volant Marlboro 1983
Jean Alesi – Jean-Marc Coudraie © Olivier Rogar – Classic Courses
Volant Marlboro 1983
Jean Alesi – Jean-Marc Coudraie © Olivier Rogar – Classic Courses
Hugues de Chaunac – Patrick Tambay © Olivier Rogar – Classic Courses
Jean-Marc Coudraie © Olivier Rogar – Classic Courses

Alesi, Artzet, Gache : tout pour la course

Leurs carrières divergeront mais ces passionnés pour lesquels la course était tout feront preuve de beaucoup de volonté pour en franchir les étapes.

Jean Alesi

Le plus célèbre d’entre – eux fera de la Formule Renault puis de la F3 (Champion de France en 1986) avant de passer en F3000. Il sera champion en 1989, année où il se fait aussi remarquer par une 4e place lors de ses débuts en F1 lors du GP de France.   Sa très respectable carrière, longue de treize saisons en F1 au sein de six écuries est marquée par 1 victoire, 32 podiums, 2 poles et 4 meilleurs tours en course.
Il est aujourd’hui Président du Circuit Paul Ricard.

Volant Marlboro 1983
Jean Alesi – Jean-Marc Coudraie © Olivier Rogar – Classic Courses

Didier Artzet

Il va lui aussi poursuivre sa route sur les pistes et celle-ci passe par la Formule Renault en 1984-85 puis les berlines de production en 1986 où, soutenu par Beltoise et Jabouille,  il est champion du Trophée Peugeot 505. Cela lui permet de revenir dès 1987 à la monoplace, en F3 où il gagne le GP de Monaco. Toutefois et au contraire de ce qui s’était passé pour bon nombre de ses prédécesseurs,  cela ne lui ouvre pas les portes de la F1. Ses efforts en F3000 de 1988 à 1990 sont méritoires mais faute de budget, un peu désespérés.

En 1992 Il met un terme à sa carrière et s’installe en Nouvelle Calédonie où ses activités professionnelles dans l’immobilier lui laissent le temps de s’adonner à sa passion pour la glisse, que ce soit en ski nautique, en kite surf ou en parapente. Il tourne aussi beaucoup à moto en Australie où ses temps laissent entrevoir qu’il est toujours très affuté.
De retour en France, il est prêt à accompagner tout gentleman driver en historique, notamment.

Volant Marlboro 1983
Jean-Marc Coudraie – Didier Artzet © Olivier Rogar – Classic Courses

Philippe Gache

Très rapide comme on l’a vu, a été titré en Championnat de France de Formule Ford en 1985. Il est ensuite passé en F3 de 1986 à 1988 puis en F3000 de 1989 à 1991.

Il a couru aussi en endurance, aux 24 Heures du Mans et en FIA GT où il a remporté 4 victoires en GT2 en 1997. Cette année-là, il a créé sa propre structure SMG engagée en 1998 et 1999 en International Sports Racing Series puis en Porsche Carrera Cup en 2000 et 2001. En 2002, l’écurie a obtenu le titre avec Sébastien Dumez.

Il construit aussi les Buggys SMG engagés à partir de 2005 dans le Rallye Dakar.

Jean-Marc Coudraie 84, Volant Marlboro, se souvient

Classic Courses – Olivier Rogar : Jean-Marc, comment vous êtres vous retrouvé candidat au Volant Marlboro ?

Jean-Marc Coudraie : J’ai simplement acheté Echappement chez un buraliste. 2000 candidats étaient appelés aux sélections. Elles se passaient au Castellet, à Nogaro et peut -être aussi à Karland. Je ne suis pas sûr.

Classic Courses – Olivier Rogar : Et comment cela se passait ?

Jean-Marc Coudraie : Les sélections, si je me souviens bien se passaient sur onze journées. 200 candidats passaient sur une journée. On faisait un tour de circuit sur une Ford Escort XR3i avec un pilote de notoriété. En fin de journée, il en restait 10. Alors commençaient les tours chronométrés. On en faisait trois chacun.  C’est comme ça que j’ai été retenu pour la finale.

Classic Courses – Olivier Rogar : Comment se prépare-t-on à ce type de challenge ?

Jean-Marc Coudraie : La finale devait avoir lieu le 20 octobre à La Châtre.  Je savais que le circuit serait libre durant trois jours début octobre. J’ai donc loué une XR3i et suis allé m’y entrainer. Ce qui était autorisé. Je n’étais pas le seul à avoir eu cette idée. Les six finalistes y étaient !

Classic Courses – Olivier Rogar : La XR3i devait être un peu rincée au retour chez le loueur ?

Jean-Marc Coudraie : J’étais très correct : Dès que je prenais la voiture, je passais dans un garage près de chez moi et mettais des jantes et pneus qui m’appartenaient. Donc de ce côté je rendais des pneus neufs. Pareil pour les plaquettes de freins. Je les changeais au retour si elles étaient fatiguées. 
D’ailleurs je me souviens qu’après avoir gagné le volant j’ai dû retourner chez le loueur auquel je devais un solde de location. Il faut dire que chaque fois que je louais cette XR3i, il me proposait d’essayer un autre modèle. Et moi je me cramponnais à « ma » XR3i, et pour cause ! Donc j’y suis retourné et là il m’a demandé si j’avais apprécié la location de la XR3i… Oui bien sûr c’est une bonne auto. Et avec un sourire il m’a glissé le journal l’Equipe sous le nez avec ma photo…

Classic Courses – Olivier Rogar : Tout le monde pensait que vous aviez course gagnée et le jury a décidé de vous faire recourir la finale. Comment l’avez-vous vécu ?

Jean-Marc Coudraie : Philippe Boespflug de Meca Moteur assistait à la finale et je le connaissais pour avoir tourné sur certaines de ses voitures. Il est venu vers moi à l’issue de ce que je pensais être la finale et m’a dit « Jean-Marc, reste concentré, ce n’est peut-être pas fini ».
Puis Hugues de Chaunac s’est adressé à moi en me disant : « Vous êtes très proches avec Alesi, on va vous faire repasser. » Ce à quoi je me souviens d’avoir répondu : « OK, mais de toute façon je vais gagner. » et je suis retourné m’isoler. Ca a été juste. Mais effectivement j’ai gagné.

Volant Marlboro
Volant Marlboro 1983 – H De Chaunac – Jean-Marc Coudraie © Olivier Rogar – Classic Courses

Classic Courses – Olivier Rogar : Les pilotes de F1 présents vous ont-ils encouragé ?

Jean-Marc Coudraie : Non, pas à mon souvenir. Seul Patrick Tambay a discuté avec moi avec beaucoup d’empathie.

Classic Courses – Olivier Rogar : Comment s’est déroulée cette saison ?

Jean-Marc Coudraie : Pour rappel l’écurie Marlboro de Formule Renault était gérée par Oreca. Et nous faisions équipe avec Yannick Dalmas qui redoublait.
On a démarré les entrainements environ un mois avant le début de la saison.
J’ai fini 3e à Nogaro et à partir de là je me suis plains que mes freins arrière bloquaient.
Ce qui m’a impacté pendant trois courses.

A Pau j’étais 3e au départ, j’ai totalement perdu mes freins au niveau de la statut Foch, en début de course. J’ai vu le mur de très près mais ne suis pas sorti et toute la course j’ai dû pomper du pied gauche. J’ai fini quand même 5e. J’étais furieux. Les mécanos ont enfin vérifié les freins et il s’est avéré que les disques arrière étaient voilés.
Le tournant de ma saison, je devrais dire le second tournant, ça a été Rouen.  J’ai détruit la voiture. Un problème de pneus. On m’avait panneauté pour que je rentre les changer. Je n’ai pas vu le panneau. Et je suis sorti tout de suite après, dans la montée.

A partir de là, je me suis fait complètement larguer par Yannick.  De 2 à 3 dixièmes d’écart en sa faveur, je suis passé d’un coup à une seconde et demi. Au point de ne pas me qualifier à Croix en Ternois.
On me disait que c’était psychologique. Yannick a essayé ma voiture à ma demande et il s’est retrouvé à 2 ou 3 dixièmes devant mes temps. Comme auparavant. Il ne me mettait pas  une seconde et demi.

Au Castellet en fin de saison j’ai retrouvé un moteur. 4e aux essais,  j’ai terminé 7e.
Mais la saison était finie. Marlboro s’orientait vers la Formule Ford. Ils m’ont proposé un budget pilote mais rien pour l’auto. Et je n’avais pas les moyens de financer une auto.  Dont acte !

Classic Courses – Olivier Rogar : Qu’avez-vous fait ensuite ?

Jean-Marc Coudraie : Je suis retourné à mes chères études. DESS Sciences Economiques à Dauphine. Puis j’ai travaillé dans la banque, dans la fonction de banquier privé. (Gestionnaire de grandes fortunes).  Bien entendu en loisirs, j’ai continué à tourner en circuit. Je m’étais fait une raison.

Classic Courses – Olivier Rogar : Et aujourd’hui ?

Jean-Marc Coudraie : J’ai pris ma retraite et me consacre à l’organisation d’évènements pour les passionnés de sports. Dans le domaine automobile bien sûr, que ce soit en historique sur circuit ou en rallye, mais aussi en voile ou en rugby. Je convie des passionnés à partager une journée avec des professionnels autour d’un évènement, en immersion, comme l’an dernier lors du GP Historique du Castellet, avec Esprit compétition.

Didier Artzet, Yannick Dalmas, Jean-Marc Coudraie 20230408 – JMC Events © Classic Courses
Esprit Compétition – Eric Helary GP France Historique 20230408 © Classic Courses

Notes

1 : John Hogan était le patron du Marlboro World Championship Team et pilotait les activités de Philip Morris en sport automobile.
2 : Bernard Giroux était un journaliste automobile qui s’est tué avec Didier Pironi et Jean-Claude Guénard dans l’accident du Off Shore Le Colibri.
3 : Interview de Philippe Streiff : https://classiccourses.digisense.net/magazine/philippe-streiff-parlez-nous-de-la-33-13/

Pour rédiger cet article, outre nos souvenirs, nous nous sommes aidés du Livre d’or de la Formule 1 1983 de Renaud de Laborderie et d’informations d’Auto Hebdo rédigées par Christian Courtel en 1983.

Enfin nous souhaitons exprimer notre regret de n’avoir pu parler de Yannick Dalmas qui, au contraire des pilotes évoqués, savait parfaitement de quoi son avenir serait fait comme leader Oreca en Formule Renault.
Souhaitons néanmoins créer l’occasion de nous entretenir avec ce grand pilote trop peu visible.

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19 Commentaires

  1. Marc Pontier

    Super article avec beaucoup de portraits croisés !
    Non loin de chez George Sand le circuit de la Châtre et sa campagne environnante sont plus Berrichonne que castraise à mon sens 😉…
    En 1985 j’ai participé aux sélections au circuit du Castelet : les XR2 avaient remplacé les XR3

    Réponse
    • Olivier ROGAR

      Marc Pontier alors nous avons depuis ce matin un débat à ce sujet. Les habitants de la Châtre étant les castrais, nous avons mentionné la campagne castraise en sachant que ca réagirait 😀
      J’en conviens toutefois, « Berrichonne » est plus appropriée.

      Réponse
  2. Benjamin Liard

    La très belle époque ou les cigarettiers méttaient le paquet en sport auto, ce qui permettait d’ouvrir le sport auto au plus talentueux et non au plus fortunés…
    Époque révolue….

    Réponse
  3. Seb Clavé

    Un papier genial un regal a lire …. bravo Olivier

    Réponse
  4. Sylvain Malric

    Super travail, félicitations 👏

    Réponse
  5. Jean-Philippe Grand

    Juste après J.M. Coudraie , à partir de 1985 , j’ai eu la chance de faire courir dans mon équipe tous les pilotes du volant Marlboro. La belle époque…

    Réponse
  6. NQP

    Warwick meilleur équipier que Tambay ait jamais eu ? Messieurs Hunt, Watson, Pironi, Arnoux, Andretti, Lafitte apprécieront. 🙂

    Réponse
    • Olivier Rogar

      Cher NQP, les notions de pilotes et d’équipiers diffèrent en cela que le pilote reste le principal adversaire de son équipier. Quant à l’équipier il est aussi un homme avec lequel on peut partager une certaine complicité, pour ne pas dire une certaine confiance. Indépendamment de son talent de pilote. Il semble pour l’avoir évoqué avec les deux équipiers concernés que la complicité ait été totale entre Tambay et Warwick et que la confiance les ait conduits à toujours échanger leurs informations sur les réglages et la stratégie en totale transparence.

      Lorsque José Valli a fait la biographie de Patrick Tambay, ma contribution a notamment consisté à recueillir les témoignages de ceux qui avaient été ses coéquipiers. Watson, Andretti Laffite et Jones, que vous omettez, tous donc, ont loué son honnêteté. Ce qui a étayé mon idée de titre  » Pilote et gentleman ». Evidemment ils étaient rivaux. La même complicité ne s’est pas instaurée avec eux.

      Avec Watson ils étaient perdus dans le naufrage de McLaren. Dito avec Jones chez Haas sous l’égide de Teddy Mayer. Avec Andretti, ce dernier m’a dit qu’il était venu aider Ferrari et que jamais en course il n’aurait cédé sa place à Tambay pour l’aider au championnat. Laffite était le pilote n°1 de Ligier et en lice pour le titre. Tous les efforts de l’écurie étaient tournés vers lui. De plus des promesses avaient été faites à Patrick qui n’ont pas été tenues par le patron. Le cas de Pironi était similaire. Outre le fait d’être un compétiteur né. Il s’entendait très bien avec Tambay qui devait l’épauler dans le championnat. Donc la relation était elle aussi hiérarchisée.

      Quant à Arnoux la rivalité entre ces deux pilotes existait depuis le début de leur carrière. Elle était exacerbée. Il m’a d’ailleurs été impossible de recueillir le témoignage de René Arnoux, ce qui est bien dommage.

      Reste James Hunt. Patrick m’a dit à plusieurs reprises : Je débutais, il était champion du monde, il aurait du me montrer tout ce qu’il fallait faire. Il m’a montré au contraire, tout ce qu’il ne fallait pas faire 🙂

      PS : En toute indiscrétion, cher NQP, n’auriez vous pas un lien de parenté avec le lecteur qui se faisait appeler L’étroit mousquetaire ?

      Réponse
      • NQP

        Cher M. Rogar, non je n’ai aucun lien de parenté avec le sus-nommé L’étroit mousquetaire, quoique je jalouse la subtilité de son pseudonyme emprunté à Max Linder.

        En ce qui concerne Alan Jones, je l’ai volontairement exclu car en 1983, il n’avait pas encore été coéquipier de Patrick Tambay.

        Maintenant, si vous entendez par meilleur coéquipier un sens amical, alors pourquoi pas… Mais bien que j’aie le plus grand respect pour Derek Warwick, j’ai été quand même un peu surpris de le voir placé au dessus de vainqueurs de Grand Prix ou Champions du monde.

        Pour finir, je me joins aux autres intervenants pour saluer votre travail ! 🙂

        Réponse
        • ferdinand

          « Le meilleur coéquipier selon Patrick Tambay » : c’est son avis, du vécu, donc un fait ; il est difficile de contester cela. Après, que Warwick ne soit ni Prost ni Hunt, on peut l’entendre (ce n’est pas non plus Rikki von Opel ou Alex Soler-Roig, notez bien) mais une dynamique collective se développe sur bien d’autres facteurs que le talent individuel des protagonistes.

  7. Stefan Roux

    ..et pour l anecdote Marlboro avait organisé en parallèle un Volant pour les journalistes toujours à la Châtre avec les XR3….auquel j ai participé et gagné ! Le cadeau etait une course en Formule Ford sur le circuit de notre choix !!! J ai donc participé à une course avec 2 têtes à queue à la clé sur une Rondeau à Spa avec comme équipier Eric Van de Poele qui lui ira en F1 quelques saisons plus tard.

    Réponse
  8. Jean-Paul Orjebin

    Formidable portrait de groupe, avec les caractères qui se dévoilent et les futurs qui se dessinent tout cela dans un univers clos.

    Réponse
  9. Dominique Chesnais

    Sous les regards bienveillants de Jean-Pierre (Beltoise) et Patrick (Tambay)

    Réponse
  10. Jean-Marc COUDRAIE

    Merci Olivier pour cet article très instructif qui me rappelle de bons souvenirs.

    Que de belles carrières pour ces jeunes talents !!
    Jean ALESI, Didier ARTZET, Philippe GACHE finalistes des sélections Marlboro.
    Puis en 1984 en Formule Renault turbo, Yannick DALMAS, Eric BERNARD futurs pilotes de F1, Fabien GIROIX, Michel TROLLE, futurs pilotes de F3000.

    N’ayant pas eu leur carrière, mais toujours passionné, je crée aujourd’hui des journées dédiées au contact de sportifs de haut niveau ou teams de compétition au travers de la Voile et du Sport Automobile.

    Prochain event le 3 juin au sud de Clermont-Ferrand aux côtés du pilote officiel Citroen en Rallye.
    Une journée d’exception accessible à des personnes individuelles et / ou entreprises.

    Réponse
    • Olivier Rogar Santoni

      Je me permets de reprendre la présentation du prochain évènement organisé par Jean Marc Coudraie ci-dessous :

      Journée avec Yoann BONATO (pilote officiel Citroen Rallye) à Issoire, le lundi 3 juin prochain.

      Une journée dédiée très qualitative pour vous passionné(e) et ou, en recherche de vivre une expérience unique au contact d’un sportif de haut niveau.
      Yoann BONATO, pilote, sera accompagné de Benjamin BOULLOUD, son copilote.
      Sensations et découverte de leur environnement de travail rythmeront votre journée.

      Objectif : 8 à 10 participants
      Vous piloterez une Citroen DS3 THP (version rallye), construite exclusivement pour l’école de pilotage du CEERTA, dotée d’une boite de vitesse séquentielle et d’un moteur turbo = votre stage de la matinée

      Vous serez embarqué (sur la partie utilisée par Yoann pour les essais Michelin dont il est pilote essayeur) dans la C3R5 de compétition, version Terre Championnat d’Europe = l’après-midi

      Vous participerez à deux ateliers : Michelin et « codes » du rallye (cf, programme joint), lors du déjeuner pris au milieu de voitures de rallye de collection.

      Vous recevrez photos et vidéo de ces moments magiques (caméras embarquées et drone lors de votre roulage avec Yoann BONATO).

      Cette journée est organisée par Jean-Marc COUDRAIE, ex pilote officiel Marlboro en monoplace sur circuit (vainqueur des sélections Marlboro 1983 devant Jean ALESI).

      Son engagement pour cette journée auprès des différents prestataires est fixé à la date limite du 26 avril.
      8 participants minimum.

      Au plaisir de vous faire vivre cette journée d’exception.

      A ta dispo. Merci —
      Jean-Marc
      Sportivement,

      Jean-Marc Coudraie
      contact@jmcoudraieevents.fr
      0601903896

      Réponse
  11. Bertrand

    Patrick Langlois 1er du challenge NSU 1973  » circuit  » et dernier volant Shell à Magny-cours est la personne qui vous manque sur la 2 ième photo.

    Réponse
    • Bertrand

      Philippe Gache a aussi disputé les 500 Miles d’Indianapolis en 1992.

      Réponse
  12. ferdinand

    Ça se dévore. Bravo. Avec ces portraits et destins croisés, vous avez trouvé un truc passionnant.
    L’avant-dernière photo, et ces trois sexagénaires toujours là 40 ans après, est de ce point de vue très touchante.

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  13. F1spirit

    Ah les volants censés récompenser les meiilleurs aux chronos… et les combines qui en font déchanter plus d’un. Sébastien Loeb en sait quelque chose en sa défaveur…

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Olivier Rogar Santoni
« Petrol head » ? D'aussi loin que je me souvienne, l’automobile m’a toujours fasciné. Les tacots, le Pub Renault, Saint Antonin à Aix en Provence et enfin le Circuit Paul Ricard, m’ont fait passer de Sport-Auto à Auto-Hebdo et l’Equipe. Attrait pour les protos du Mans et les CanAm d’abord. Puis la F1 au cours de cette incroyable saison 1976. Monde aussi inaccessible que fascinant que j’ai fini par tangenter en 1979-80 au Paul-Ricard puis en Angleterre. Quelques photos m’ont amené à collaborer à «Mémoire des Stands» puis, à sa disparition, en 2012, à créer Classic Courses. Je trouve dans le sport automobile les valeurs de précision, d'audace, de rapidité dans la décision dont la maîtrise pimente une vie active.