Carlo Abarth

Carlo Abarth, le caractériel aux 7400 victoires – 2/2

par | 13 Jan 2025 | 3 commentaires

Continuons notre saga Abarth. Au milieu des années 60 en se rapprochant de Fiat, ce petit constructeur put élargir sa gamme de produits commerciaux tout en visant désormais la victoire au scratch et non plus de catégorie avec des cylindrées de plus en plus élevées

Patrice Vergès
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Abarth n’était pas un personnage facile loin de là. Toujours très élégamment vêtu, il pouvait être aussi charmant que désagréable. Il se montrait très dur avec ses ingénieurs qu’il humiliait à travers un incompréhensible charabia italo-germanique tout en croquant des pommes stockées dans un panier toujours à ses cotés. Même traitement avec ses pilotes officiels qu’il insultait copieusement les traitants de « pauvre con » quand ils ne battaient pas le record du tour. Il les obligeait à essuyer leurs chaussures quand ils rentraient à bord ou à prendre beaucoup d’appui en virage afin que leur voiture lève la roue extérieure voire leur imposer une trajectoire contraire à la logique. Il les contraignait aussi à battre les records du tour même quand le besoin ne s’en faisait pas sentir car il recevait des primes de Fiat pour chaque record. Il les contraignait à piloter les vitres fermées pour ne pas détruire l’aérodynamique. Les Abarth généralement couleur Rosso racing décorées d’un énorme scorpion jaune étaient magnifiques et à défaut de rouler longtemps, avançaient comme des avions.

Carlo Abarth
En 1965, Abarth abandonna la plate forme de Simca pour celle de la Fiat 850 en donnant le jour à la génération des OT (Omologato Turismo). Avec 160 ch pour 1600 cm3, la 850 était un avion de chasse produite à 4 exemplaires seulement

Trop de modèles

Courir chez Abarth, pour un bon pilote, c’était l’assurance de remporter sa catégorie et aussi de se faire remarquer par Ferrari même s’il piquait une grosse colère quand on déclarait que ses voitures rouges étaient les Ferrari du pauvre. Cela ne l’avait pas empêché de passer un accord moral avec le « Commendatore » pour ne jamais débaucher un pilote l’un chez l’autre.

Carlo Abarth
Commercialement, son cheval de bataille dut la Fiat 500 en version 595 et 695
Carlo Abarth
Née avec 50 ch en 1960, la 750 TC termina sa carrière en 1970 avec plus de 100 ch en 1000 TC

A partir de 1967, Abarth qui employait alors plus de 350 personnes élargit encore ses activités. Trop certainement ce qui le mena à sa perte. A partir de la nouvelle gamme Fiat 850 et 124, il dériva des voitures de tourisme gonflées qui connurent un petit succès. Son cheval de bataille produit à 1200 exemplaires fut la minuscule Fiat 595/695 SS qui frisait les 140 km/h ! Il développa des prototypes plus ambitieux notamment la surprenante Berlinette 2000 OT au moteur en porte à faux d’où s’échappaient toujours d’énormes mégaphones suant la puissance et l’agressivité.

Carlo Abarth
La 1300 OT succéda à la Simca 1300. Son 1300 développant 150 ch lui permit de remporter deux titres de champion du monde des marques en 1966 et 1967 dans sa cylindrée
Carlo Abarth
Certaines Abarth furent délirantes

Après divers prototypes 2 litres 4 cylindres, Abarth produisit un proto V8 3 litres qui permit à l’Autrichien Ortner d’être sacré Champion d’Europe de la Montagne au début des années 70. Abarth s’enlisa dans de nombreuses voitures de tourisme et aussi trop de prototypes différents réalisés par l’excellent ingénieur Marco Collucci. Ces modèles font aujourd’hui la joie des historiens de la marque proposant selon les années, par exemple, plusieurs barquettes groupe 6 à moteur central ou en porte à faux. Abarth qui en avait assez de ne glaner que des victoires de classe rêvait de s’attaquer au championnat du monde des Sport Prototypes. Pour ce faire, il fit dessiner un colossal V12 de 6 litres de cylindrée délivrant plus de 600 ch. Mais, la FIA qui interdit dès 1968 les moteurs de plus de 3 litres en proto ruina son coûteux projet.

Carlo Abarth
L’Abarth à moteur V8 de 3000 cm3 délivrant plus de 350 ch débuta sa carrière en 1968. Ortner remporta à son volant deux titres de champion d’Europe de la montagne en 1970 et 1971
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A la fin des années 60, les Abarth de compétition grimpèrent en cylindrée passant à 2 litres puis 3 litres. Elles étaient imbattables en course de côte
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Avec son gros V12 de 6 litres de cylindrée, Abarth voulait désormais briguer des victoires au scratch

7400 victoires !

Les Abarth de tourisme trop chères et concurrencées par Fiat qui avait développé ses propres version sportives se vendaient mal pendant que le service course coûtait une petite fortune. En juillet 1971, après 7400 victoires glanées en 20 ans, la soixantaine passée, une certaine lassitude, des grèves épuisantes au sein de son entreprise et des problèmes de trésorerie poussèrent Abarth à céder dans de bonnes conditions son affaire à Fiat après avoir songé la vendre à Porsche puis au pilote Suisse Peter Schetty.

Carlo Abarth
Dernière véritable Fiat Abarth 2 litres à moteur central donné pour plus de 250 ch pilotée ici par le bouillant Merzario qui semble perdu dans la voiture pourtant compacte.

Le géant italien exploita son nom encore synonyme de performance pour qualifier ses versions sportives et de compétition. Son service course fut repris par son ingénieur Enzo Osella qui après avoir fait une longue incursion en Formule 1 dans les années 80/90 continua ses activités avec des protos très compétitifs uniquement destinés aux courses de côte. Si Abarth a disparu assez jeune en novembre 1979 victime d’un cancer, son nom est encore bien présent dans nos mémoires grâce à Fiat qui a su, plutôt bien que mal, le pérenniser.

Carlo Abarth
Fiat déclina le nom d’Abarth sur les versions sportives avec la 131 triple championne du monde jusqu’à la Ritmo 130 TC du milieu des années 80 avant de l’abandonner pour y revenir au troisième millénaire

                                                

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3 Commentaires

  1. Olivier FAVRE

    Il est vrai que les résultats marquants des Abarth dans les preuves d’endurance des années 60-70 sont rares. Et pour cause puisqu’elles n’étaient guère endurantes. Mais ce sont souvent de jolies voitures, très emblématiques de leur époque et qui ont permis à des dizaines de champions (Merzario notamment) de faire leurs classes avant de passer à « du lourd ».

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  2. Petit Jacques

    Un jour un ingénieur auto vint le voir avec sa voiture dotée d’une suspension qui devait la rendre in retournable. Carlos Abarth demanda alors à un de ses pilotes de la mettre sur le toit, au premier essai il ne pu, mais avec plus de vitesse elle se retourna et son propriétaire rentra à pied……

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    • Patrice Verges

      Histoire exacte mais plus longue. Voulant prouver que la suspension proposait par son ingénieur ne marchait pas, Abarth demanda au pilote de la Fiat 1500 si ma mémoire
      est bonne d’aller de plus en plus vite jusqu’au tonneau. Sans s’inquiéter de son pilote, il se retourna vers l’ingénieur en lui disant  » vous voyez que ca ne marche pas!  » Depailler m’avait raconté cette histoire apprise certainement par Mauro Bianchi. La place m’a manqué aussi pour raconter comment etait née l’histoire du capot levé sur la 850 TC

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Patrice Vergès
Patrice Vergès a publié son premier article automobile dans la revue Scratch en 1971. Passionné par l’histoire de l’automobile, il a travaillé en tant que pigiste dans une bonne douzaine de titres auto en 40 ans d’activités (Échappement, AutoHebdo, Slick, l’Auto-Journal, l’Équipe, Car and Motors, Option Auto, L’Automobile, le Moniteur Automobile). Après avoir conduit autour de 1600 voitures, Il publie toujours ses essais de voitures neuves et de collection dans le magazine Youngtimers et sur le site automobile POA auquel il collabore depuis cinq ans. Par ailleurs, depuis 2006, il a publié 18 livres dont 6 sur l’automobile plus 12 thrillers puisqu’il est également romancier. En 2019, il publiera "les plus belles Alfa de route" et un thriller "Monte-Cristo".